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Vendée – Arctique – Les Sables d’Olonne : le carnet de bord

5 juillet 2020

Après un départ sans accroc donné au large des Sables d’Olonne, le 20 skippers de la classe IMOCA se sont élancés pour un circuit long de 3 600 milles entre l’Islande, les Açores et la Vendée, par un temps maussade, une température de 20 à 22 degrés et un vent d’ouest/sud-ouest de 15noeuds.

photo couverture © Eloi Stichelbaut / polaRYSE

Samedi 4 Juillet

A 15h30, dans un vent de sud-ouest de 20 nœuds, la flotte s’est envolée après avoir passé la bouée Institut Pasteur, dont la Vendée – Arctique – Les Sables d’Olonne porte les couleurs, en direction des deux points de passage calés sur la route. Le premier est situé à la pointe sud-ouest de l’Islande et porte le nom de COI-Unesco, concrétisation de l’engagement de la Classe IMOCA auprès de la Commission Océanographique Intergouvernementale. Le second est au large des Açores, et est matérialisé par la bouée Gallimard, partenaire littéraire de cette grande évasion maritime.

© Eloi Stichelbaut – polaRYSE / IMOCA

Classement à la bouée Pasteur : 
1 – L’Occitane en Provence
2 – Charal 
3 – LinkedOut
4 – Apivia
5 – PRB

Idéales pour un départ, les conditions météo vont forcir dans les heures qui vont suivre. Partis à l’avant d’une dépression, les solitaires vont se faire rattraper par le flux d’ouest dont les vents vont monter jusqu’à 25-30 nœuds et imposer une mer de face de 4 mètres. Une belle séance de plante-cailloux dans laquelle il ne faudra pas chômer : l’objectif des premiers pourrait bien être de tenter de passer à l’avant d’une dépression qui descend de Terre-Neuve… à condition qu’elle ne faiblisse pas dans son nord. L’incertitude, ce sera une des constantes de la Vendée – Arctique – Les Sables d’Olonne, dont le tracé mettra les marins face à des situations météo qui viendront leur couper la route, ce qui se produit moins souvent sur une Transat. Pour s’en sortir, il va falloir foncer, manger, se reposer, réfléchir (beaucoup), protéger le bateau et ménager ses ambitions. Une vraie vie de marin en somme et la meilleure des préparations au Vendée Globe !

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A 19h55 ce jour, alors qu’il entamait ses premières heures de course, Sébastien Simon a prévenu son team à terre que le foil tribord venait de casser. ARKEA PAPREC naviguait à 17 nœuds dans 20 nœuds lorsque l’avarie est survenue. Sébastien était à l’intérieur et le bateau s’est couché. Le foil s’est cassé au bord de la coque.

Sébastien fait route vers Port-La-Forêt qu’il devrait rallier en milieu de nuit. L’équipe met tout en oeuvre pour établir un diagnostic précis au plus vite.

« Cela faisait environ 3 heures que l’on progressait bâbord amures au près à quasiment 17 nœuds. Il y avait un petit peu de mer. J’étais plutôt sous toilé sous J3 et GV 1 ris. J’étais à l’intérieur pour manger un morceau et j’ai entendu un énorme crac. Le bateau s’est couché, c’est le foil qui venait de casser. » Sébastien Simon, sur le Ponton de Port-la-Forêt

©Eloi Stichelbaut – polaRYSE /IMOCA

Dimanche 5 Juillet

Thomas Ruyant (LinkedOut), en tête toute la nuit, fut le premier à réaliser un décalage dans l’ouest pour parer la cardinale ouest l’Occidentale de Sein et se positionner pour éviter le DST (Dispositif de séparation de trafic) d’Ouessant formellement interdit aux coureurs, laissant Jérémie Beyou (Charal) et Kevin Escoffier (PRB) mener la danse à moins d’un mille. Déjà un groupe de 6 bateaux creuse l’écart. A noter qu’Isabelle Joschke (MACSF) en fait partie et démontre une parfaite maîtrise de son plan VPLP-Verdier de 2007. Plusieurs matches se dessinent au sein de la flotte, comme on s’y attendait. La compétition bat déjà son plein !

« Je prends encore mes marques à bord. Je n’ai pas encore beaucoup dormi ni trop mangé depuis le départ mais l’appétit commence à arriver donc je vais pouvoir me faire un bon petit déjeuner ce matin. Il y a toujours un petit temps d’adaptation avant d’être complètement bien à bord. Ce n’est pas encore totalement bon pour moi mais ça arrive petit à petit et je commence à me sentir bien dans la course là. Pour l’instant, les conditions sont assez maniables. On a eu un bord assez rapide depuis le départ avec 20 nœuds de vent au près. Ça a un peu ralenti après mais là je suis au-dessus de la flotte et vais donc un peu plus vite que les autres. On se fait bien secouer quand même mais le problème avec ces bateaux, c’est qu’on va se faire secouer tout le temps je crois ! Aujourd’hui, le programme est chargé. Il va falloir trouver le bon angle pour passer le DST de Ouessant en le laissant bien à tribord. Ce matin, je fais la météo pour commencer à gérer la partie entre l’Irlande et l’Islande où il y aura beaucoup de choses à faire. Le vent prévoit de monter aujourd’hui donc il va falloir prendre des ris pour réduire la toile, changer de voiles et puis je m’attends à avoir pas mal de houle à l’approches de îles Silly et de l’Irlande donc c’est une journée bien remplie en perspective ! » Thomas Ruyant, LinkedOut – 5h23 

Des conditions musclées et une mer formée vont cueillir les IMOCA en mer celtique. Alors qu’un front secoue ce dimanche les marins en Manche, il va falloir, tout en gérant la voilure, les réglages et le trafic maritime, se caler à la table à cartes pour choisir sa route entre deux dépressions à venir.

Un petit front devrait passer sur la flotte dans la matinée. Le vent d’ouest à sud-ouest devrait tourner à l’ouest-nord-ouest. Les concurrents seront alors confrontés à un premier choix stratégique. Ils peuvent poursuivre vers le Nord en mer Celtique dans une mer formée (vagues de 3,5 mètres) et des vents de 25 à 30 nœuds. L’alternative consiste à virer de bord rapidement après la bascule du front pour aller chercher des conditions plus clémentes dans l’ouest. Cette route demeure, sur le papier, légèrement plus longue mais potentiellement plus rapide parce que les marins pourront naviguer à pleine vitesse. 

Sébastien Simon prend la décision d’abandonner

Après la casse de son foil tribord en début de course hier, Sébastien Simon a rallié Port-La-Forêt, son port d’attache vers 3 heures du matin. Le skipper a été accueilli par Vincent Riou et son équipe qui ont pu procéder aux premières constatations.

Les dégâts engendrés par la casse de ce foil sur la coque et la volonté de ne pas perdre de temps pour commencer les réparations ont poussé Sébastien à prendre la décision d’abandonner la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne.

« L’important maintenant est de rassembler tous les acteurs qui ont participé à la conception et à la construction de ce foil pour comprendre ce qu’il s’est passé. Un 3e foil est en construction et celui qui est à bâbord du bateau est réversible. Nous allons tout mettre en œuvre pour que cela ne se reproduise pas sur ces prochains foils. » Sébastien Simon à son arrivée à Port-La-Forêt

Tic-Tac-Tic-Tac, il est temps de faire un choix

En file indienne, la tête de course a mené un train d’enfer au près, dans une mer un peu formée et dans un vent qui a forci dans la nuit. La leçon ? Les nouveaux foilers ont fait des progrès éloquents sur ces allures qui ne paraissent pas naturelles pour les courbes de leurs foils. En tête la majeure partie du temps, exception faite d’un contre-bord pour éviter de flirter avec les limites d’un DST (dispositif de séparation du trafic), Thomas Ruyant exploite son tout frais LinkedOut avec maîtrise. 6 milles derrière, Kevin Escoffier prouve qu’on peut faire avec les « vieux » bateaux les meilleures routes. On exagère : PRB est un plan VPLP – Verdier mis à l’eau en 2009, que Vincent Riou n’a cessé d’optimiser avant de céder la barre au Malouin. 

Jérémie Beyou (Charal) et Charlie Dalin (Apivia), talonnaient le duo de tête, accompagnés par Isabelle Joschke dont le MACSF, plan VPLP – Verdier de 2007, lui aussi affublé de foils, se révèle impressionnant dans ces allures de près océaniques. 



Pour tous, se dresse sur la route une dépression qui demande de choisir. Vaut-il mieux, en mer Celtique, foncer tout droit, viser le cœur de la dépression, qui annonce des vents de 25 à 30 nœuds et une mer de 3,5 mètres, ou virer de bord rapidement après la bascule du front pour aller chercher des conditions plus clémentes dans l’Ouest ? Les modèles météo ne sont pas unanimes, mais il semblerait que le gain lié à la prise de risque ne soit pas suffisamment conséquent pour s’y risquer vraiment.

 Autrement dit, ça vaut le coup, à quatre mois du Vendée Globe, de limiter les risques parce que les pertes de temps ne seront pas conséquentes, et qu’il vaut peut-être mieux accepter l’éventualité de perdre une place au classement que d’y subir un pépin mécanique. 

Armel Tripon (L’Occitane en Provence) a déjà choisi. Dans l’après-midi, le flamboyant IMOCA noir et soleil qui a illuminé la ligne de départ samedi a déjà mis le clignotant à gauche. Une option sage : le Nantais doit boucler la Vendée – Arctique – Les Sables d’Olonne pour se qualifier pour le Vendée Globe. Le douloureux exemple de Sébastien Simon aura-t-il eu un impact sur le subtil équilibre entre les ambitions de court terme et les objectifs au long cours ?

A 18H00 ce jour, Damien Seguin, skipper du monocoque 60′ Groupe APICIL qui évoluait en 14èmeposition sur la Vendée Arctique – Les Sables d’Olonne à une vitesse moyenne de 11,5 nœuds a prévenu son équipe à terre qu’il faisait route vers La Bretagne. En cause, la casse du support d’alternateur qui n’est plus solidaire du moteur et qui empêche de recharger totalement les batteries. Damien estime qu’il ne peut pas réparer ce problème technique en course. Actuellement à 50% de charge de batterie, Groupe APICIL ne peut compter, en complément, sur ses hydrogénérateurs, moins performants au près. Pour rappel, un manque d’énergie à bord signifierait notamment une impossibilité de récupérer les informations météo indispensables en course et surtout essentielles an vu des conditions de navigation difficiles à venir. Aussi, le triple médaillé paralympique a choisi de rallier la Bretagne pour des questions de sécurité. Damien navigue actuellement dans 25 nœuds de vent d’ouest sous 2 ris dans la Grand-voile et J3. Son équipe se prépare à l’accueillir au petit matin demain.

Damien Seguin à l’entrainement à bord de l’IMOCA Groupe Apicil au large de Port la Forêt le 26 juin 2020, photo © Jean-Marie LIOT – www.jmliot.com

Lecture du soir Bonsoir!

Lundi 6 Juillet

Quelle bagarre ce matin sous la pleine lune au large du célèbre phare irlandais ! Jugez plutôt : 1 petit mille sépare Thomas Ruyant (LinkedOut) de Charlie Dalin (Apivia), les deux hommes de tête de la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne, après une nuit blanche rythmée par des rafales à 35 nœuds et gavée de manœuvres : virements de bord, prise de ris, réglages.

Vacations avec Jérémie Beyou

Dans des conditions musclées depuis hier soir, malmenés par une grosse mer et du vent fort, il a fallu jouer aux fins stratèges sur ce premier tronçon vers l’Islande. Armel Tripon (L’Occitane en Provence) a fait le choix de la prudence hier en se décalant très tôt à l’ouest quitte à perdre du terrain.

On essaye de jouer quelques jolis coups stratégiques, comme celui de Maxime Sorel (V and B Mayenne) qui pourrait bien voir son décalage ouest payer dans les heures qui viennent.  5e, Boris Herrmann (Seaexplorer – Yacht Club de Monaco) reste parfaitement dans le match, en tête du deuxième « paquet », poursuivi par trois femmes, décidément brillantes sur ce début de course : Isabelle Joschke (MACSF) et Samantha Davies (Initiatives-Cœur), mais également Clarisse Cremer (Banque Populaire X), 10sur son bateau à dérive devant des foilers !

Damien Seguin abandonne

Après avoir averti son équipe technique hier à 18h00 que son support d’alternateur avait cassé empêchant ainsi de recharger totalement les batteries, Damien Seguin a rallié Port-La-Forêt ce jour en fin de matinée. Le skipper de Groupe APICIL a été rejoint par sa Team qui a rapidement fait un diagnostic des dégâts à bord. 

Au vu des premières constatations, Damien – en concertation avec son équipe – a décidé d’abandonner la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne. Une décision prise à contre cœur pour le triple médaillé paralympique qui n’a jamais connu d’abandon jusqu’alors. Même si le choix s’est avéré difficile, il est vite apparu comme le plus raisonnable pour le premier skipper handisport inscrit au Vendée Globe. En effet, il est impossible pour Damien et son équipe de réparer correctement cette pièce dans un délai rapide. S’il reprenait sa course après réparation, Damien se retrouverait alors loin derrière ses autres concurrents et serait dans l’impossibilité de combattre à son véritable niveau.

« Malheureusement ce début de course a été un peu écourté mais c’est toujours riche d’enseignements de prendre un départ avec d’autres bateaux et de pouvoir s’étalonner sur quelques milles. Il y a plein de choses positives à en retirer. Le bateau va bien. Je me sentais bien à bord » – Damien Seguin

https://www.facebook.com/watch/?v=299275691450927

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