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Sur la Beirut-Damascus Highway!

24 août 2016

Allez, on passe la frontière syrienne pour se rendre à Damas. J’entends d’ici les sons de cloches « mais pourquoi tu t’aventures dans un pays en guerre? » mais I Don’t care, on a qu’une seule vie et qui sait peut être que dans une décennie, le pays sera ravagé. Oum Kalthoum dans le poste, la voiture s’engage sur Damascus Highway, en même temps, c’est le seul moyen depuis les alentours de Beyrouth pour se rendre à la frontière. Environ 137 kilomètres nous sépare de la capitale syrienne. Les paysages sont montagneux et désertiques à la fois. Le thermomètre affiche 39 degrés dans l’habitacle, que calor! Les problèmes sont arrivés plus vite que prévu à la frontière. On nous avait certifiés qu’on y passerait en 10 minutes. Dans le monde de Mickey peut-être mais dans la vraie vie, cela a pris 40 minutes environ. Les douaniers syriens avec un anglais approximatif étaient difficiles à comprendre. Ils ont cru que nous étions des infiltrés donc au final fouille intégrale de la voiture, de mes téléphones et interrogatoire. D’ailleurs, si à nos frontières, il y avait des contrôles aussi musclés, peut-être qu’il y aurait moins de problèmes, isn’t it ? Après ça, je ne dis rien! L’obtention du laisser-passer (payant) de la frontière en poche, nous sommes rentrés dans un autre monde. Un monde détruit par la guerre, pauvre…mais toujours aussi chaud. Ah oui, j’ai omis un détail, il fallu que je cache mes cheveux et mes tatouages car ces derniers ne sont pas « admissibles » sur le territoire.

45 minutes plus tard, Damas nous ouvrait ses bras sous un ciel radieux. On entendait quelques tirs au loin mais rien de très méchant, enfin on n’imaginait pas qu’ils étaient en périphérie de la capitale. La ville rayonne par le soleil malgré les nombreuses cicatrices qu’elle expose. Généralement, en Europe, on ne parle de cette ville uniquement dans les faits divers, ce diktat du média info qui nous endoctrinent, nous gouroutisent à longueur de journée pour nous dissuader de passer les portes de cette ville magnifique aux collines majestueuses servant de bouclier naturel à ce joyau, certes quelque peu démoli.

hanania church

La voiture parkée au sud de la vieille ville, je m’aventure dans les ruelles typiques qui se confondent à certains endroits avec des barres d’immeubles. Ce quartier est très préservé contrairement au Nord plus dévasté. En même temps, je ne vais pas y mettre les pieds, je n’ai pas envie de risquer ma vie inutilement. À l’Est de la vieille ville près de Bab Touma, dans le quartier d’Aj Jourah se trouve la plus ancienne église du monde, la Hanania Church qui a été construite, il y a plus de 2000 ans. Elle a la forme d’une grotte et est en passe d’être démolie prochainement mais les forces armées. Entrer dans ce lieu de culte aussi historique était important, bien plus que de visiter les grandes mosquées de la ville. À flâner dans les old town, damascusruelles de la vieille ville, il y a une certaine quiétude, comme si la ville ne connaissait pas tous ces événements. On entend au loin des bruits sourds mais ils sont vites effacés par les cris des enfants qui jouent avec trois fois rien. Dans la rue, je tombe nez à nez avec un chat ayant les yeux les plus bleus de toute la terre, une sérénité dans ce monde de bruts. Je suis restée l’admirer plusieurs minutes, comme s’il me parlait ou me contait une histoire. Quoi de mieux que de prendre un peu de hauteur pour admirer la cité. On me parle d’un endroit à la mode et hype appelé le Z Bar, situé au Nord Ouest de la vieille ville. En effet, la jeunesse dorée s’y retrouve, principalement à la nuit tombée. Le rooftop donne un magnifique panorama sur Damas. Dans ce lieu, les tenues chics, chères et de luxe sont le dress code idéal…

z bar

Au loin, c’est le déchirement, de nouvelles attaques font rages – celles-ci n’étant pas assez cinglantes pour les médias européens, personne n’en entend parler. C’est le dur quotidien de ce peuple, qui s’exile peu à peu vers chez nous, mais pour trouver quoi au final ? On se sent privilégié de tout, à boire notre petit cocktail, lovés dans de beaux fauteuils à admirer le paysage (ou le massacre). Atterrée par le spectacle, il ne fallait pas rester une minute de plus sur le territoire syrien. Sur le chemin du retour, un calme monacal nous accompagna durant tout le trajet. Il nous fallait réfléchir sur notre sort et voir ce que l’on pouvait faire pour que de tels massacres cessent. Les douaniers libanais nous ont juste contrôlés les passeports…

Si la destinée me donnait l’occasion de repartir dans cette ville, j’irai sans aucune hésitation mais peut-être en ayant un but humanitaire…

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