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Route du Rhum : nos pronostics 2018

4 novembre 2018

C’est en 1976 que tout a débuté. A l’origine de cette transatlantique en solitaire, une volonté forte et une rencontre. Cette volonté, c’est celle du syndicat des rhumiers de Guadeloupe qui cherche l’événement qui pourrait mettre en avant ses îles et son savoir-faire. Mais c’est aussi, en Métropole, celle d’un homme, Michel Etévenon, ancien impresario, un temps chargé de la promotion de l’Olympia, publicitaire et « inventeur » du sport-spectacle. La rencontre, c’est bien entendu celles d’aspirations communes et avant tout celles de ces hommes de part et d’autre de l’Atlantique. Ainsi naît la Route du Rhum. Conçue par Etévenon, elle s’inscrit d’entrée dans une philosophie on ne peut plus simple et s’affiche comme la transat de la Liberté. Monocoques et multicoques y sont admis sans spécification de classement ni restriction de taille avec pour but d’offrir la possibilité de s’exprimer, sans contrainte, sur un grand océan d’exploits. Professionnels et amateurs s’y engagent sur une même ligne de départ au large de Saint-Malo, en bénéficiant de toutes les aides extérieures à la navigation. En Guadeloupe, à Pointe-à-Pitre, toute la population attend les héros de la première édition de cette course dont elle ne sait pas encore qu’elle la portera chevillée au cœur et au corps pendant les 40 années à venir… et plus encore. Qui seront les heureux élus de l’édition 2018 ?

Ultimes, les nouveaux conquérants

Six concurrents composent cette catégorie dont cinq sont des maxi-trimarans de 100 pieds dotés de foils – ces appendices permettant le vol. Avec ces colosses, la Route du Rhum entre dans une nouvelle ère où règnent gigantisme et vitesses supersoniques. Les skippers de ces engins hors norme,  renouent avec l’âme des pionniers de la transat. Ils pourraient traverser l’Atlantique à 30 nœuds de moyenne. Mais qui succédera à Loïck Peyron, sur Banque Populaire, ayant remplacé au pied levé Armel Le Cléac’h ? Voici notre TOP 3!

  • Sebastien Josse : skipper de l’écurie Gitana depuis 2011. Grâce à un travail assidu et à un talent indéniable, ce niçois a tracé son chemin vers le plus haut niveau de la course au large. Il s’est illustré sur la Route du Rhum 2014 en décrochant une 3e place dans la catégorie reine des multicoques. Que ce soit sur une ou trois coques, en solitaire, en double ou en équipage, Sébastien Josse a su s’imposer comme l’un des marins les plus talentueux de sa génération. Lors des entraînements à Port-la-Forêt, le Clairefontaine de la voile, il a su pousser son bateau très loin, on compte sur lui pour en faire de même et conserver la cadence jusqu’à Pointe-à-Pitre!
  • Armel Le Cléac’h : le chacal de la voile a une revanche à prendre avec cette course puisqu’il y a quatre ans, il déclarait forfait suite à une blessure à la main, remplacé par Loïck Peyron, faisant partie de la même écurie. Depuis son sacre en Janvier 2017, sur le Vendée Globe, le skipper Banque Populaire a changé de catégorie et voulant prouver qu’il a l’étoffe, le mental et le bateau pour le mener vers la victoire. Une mise à l’eau faite le 30 octobre 2017, un démâtage juste avant la Nice Ultimed et la remise à l’eau du bateau, le team Banque Populaire n’a pas chômé pour se présenter sur les pontons de Saint-Malo et s’aligner auprès des grands noms de la voile.
  • François Gabart : détenteur actuel du record du tour du monde à la voile en solitaire sur un maxi, le skipper Macif a toutes les cartes en main pour succéder à Loïck Peyron, et ainsi écrire une nouvelle page de vainqueur de sa carrière. Après s’être imposé en IMOCA lors de la précédente édition de la Route du Rhum, c’est avec une sacrée dose de confiance en lui qu’il aborde sa deuxième Route du Rhum, déterminé à réussir un inédit doublé sur une puis trois coques, à la barre d’un trimaran MACIF transformé au premier semestre 2018 (nouveaux foils et nouveaux safrans) afin de le rendre plus aérien.
crédit photo : Yvan Zedda #RDR2018

Imoca, une édition de haut vol

Avec 20 skippers au départ dont dix s’alignent sur des foilers, cette édition de la Route du Rhum s’annonce disputée, indécise et passionnante.  En l’espace de quatre ans, la classe IMOCA a opéré sa mue. Toujours plus complexes, spectaculaires et exigeants, ces monocoques de 60 pieds  sont devenus des engins « afoilants »… Mais derrière les avions de chasse, les bateaux d’ancienne génération n’ont rien de vieux coucous. Les plus performants de ce match des « vintage » peuvent même espérer briguer les places d’honneur à Pointe-à-Pitre… Quel est notre top 5 ?

  • Alex Thomson : quinze ans d’expérience du large, de l’IMOCA et du solitaire, le gallois a les atouts pour remporter cette course malgré sa toute première participation sur cette compétition car celle-ci ne rentrait pas dans le programme avec son sponsor. Il a la chance de barrer l’un des 60 pieds les plus performants de la flotte, qu’il a mené à la deuxième place du dernier Vendée Globe au terme d’un haletant mano a mano avec Armel Le Cléac’h. Enfin, parce qu’il est animé d’une énergie débordante qu’il est parvenu ces dernières années à canaliser pour se muer en régatier tenace et dur au mal. Seize ans après la victoire d’Ellen MacArthur sur Kingfisher, un représentant de Sa Majesté n’a jamais semblé aussi bien placé pour l’emporter en IMOCA…
  • Jérémie Beyou : avec son Charal mis à l’eau en août, seul IMOCA de toute dernière génération, spécialement conçu autour des foils, Jérémie Beyou suscite une attention particulière. Compétiteur dans l’âme, le Finistérien ne se contentera pas d’attirer curieux et photographes, il aura aussi à cœur de se distinguer sur l’eau, histoire de « prolonger une belle dynamique de performances », entre son succès sur la New York-Vendée en 2016, sa troisième place sur le dernier Vendée Globe et sa victoire en juin sur la Volvo Ocean Race avec Dongfeng Race Team. La fusée est prête au décollage, direction les Antilles!
  • Sam Davies : révélée au public français par le Vendée Globe 2008, elle s’attaque à sa première Route du Rhum avec une forte envie de bien faire mais aussi de « défier l’océan pour sauver des enfants », leitmotiv de Mécénat-Chirurgie Cardiaque, qu’elle soutient avec ses partenaires. Mais ce qui passionne encore plus la navigatrice d’Initiatives Cœur, c’est de régater en solitaire, dût-elle en découdre avec celui qui partage sa vie, Romain Attanasio, également engagé en IMOCA sur cette Route du Rhum.
  • Vincent Riou : pour sa quatrième participation consécutive à la Route du Rhum, il espère bien rompre avec une certaine malédiction qui l’accompagne sur la reine des transats : deux abandons, une 5 e place, l’épreuve ne lui a jusqu’ici pas vraiment souri. Mais pas question de renoncer et c’est avec une motivation décuplée et toujours le même fidèle partenaire, PRB, que le vainqueur du Vendée Globe 2004 aborde ce cru 2018 qui, de par son plateau, rend le défi « particulièrement excitant » à ses yeux. Pour cela, il a doté son plan Verdier-VPLP de foils, encouragé par la nouvelle règle de la classe IMOCA autorisant d’en régler l’incidence d’un degré. Un bateau performant, un marin regonflé à bloc et dont l’immense expérience de l’IMOCA est un atout indéniable, au point qu’il a été choisi par Sébastien Simon pour prendre en main son futur projet de Vendée Globe, les ingrédients pour jouer le podium à Pointe-à-Pitre sont là, reste à trouver la bonne recette.
  • Yann Eliès : marin extrêmement complet, capable de briller en monotype (triple vainqueur de la Solitaire du Figaro), sur une ou plusieurs coques (Transat Jacques Vabre remportée en IMOCA et Multi50, deux Trophée Jules Verne avec Bruno Peyron), Yann Eliès n’a paradoxalement couru qu’une fois la Route du Rhum. C’était en 2014 et le Briochin s’était livré à un numéro d’équilibriste en MOD70 (7e en Ultime). Cette fois, c’est sur un IMOCA qu’il s’élance, un plan VPLP-Verdier à foils désormais bien fiabilisé, qu’il a mené à la victoire sur la Transat Jacques Vabre 2017 aux côtés de Jean-Pierre Dick. Autant dire que le couple bateau-marin fait du Briochin un des favoris entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre, un statut que le « survivant des mers du Sud » (titre de son ouvrage racontant son accident sur le Vendée Globe 2008) assume pleinement. 
crédit photo : Alexis Courcoux #RDR2018

Multi50, les petits bolides du Rhum

A défaut de quantité, c’est un plateau de qualité qui s’élance de Saint-Malo dans la classe Multi50. Armés de leurs trimarans à foils de 15 mètres, les six protagonistes ont tous des ambitions et tous des arguments à défendre.  Bateaux éprouvés d’ancienne génération côtoieront les derniers nés de la catégorie. Les cadors historiques de la série seront confrontés à de nouveaux venus sans complexe. Pour tous, quoi qu’il arrive, ce sera une Route du Rhum – Destination Guadeloupe tonique et très engagée. Car les Multi50 sont de vrais petits bolides humides et volages, capables aujourd’hui de tenir des moyennes de plus 500 milles en 24 heures. Un morbihannais favori!

  • Erwan Le Roux : Route du Rhum (en 2014), Transat Jacques Vabre (en 2009, 2013 et 2015), Tour de France à la Voile (2008, 2009 et 2014), Erwan Le Roux a inscrit à son palmarès les courses les plus prestigieuses, que ce soit en solitaire, en double ou en équipage, mais aussi en monocoque ou en multicoque. Mais si le Morbihannais est assurément un marin complet, le skipper de FenêtréA-Mix Buffet est avant tout un homme déterminé, en témoigne son parcours pour le moins atypique. Aujourd’hui, s’il est incontestablement l’une des figures de la classe des Multi 50 et de la voile française en général, il continue de nourrir de grosses ambitions, et notamment celle de rentrer dans le cercle très fermé des doubles vainqueurs de la Route du Rhum dont font partie Laurent Bourgnon, Roland Jourdain et Lionel Lemonchois (rien de moins !). Ses principaux atouts ? Une détermination sans faille, un bateau (plan VPLP mis à l’eau en 2009 sous les couleurs de Crêpes Wahou 3) qu’il connaît sur le bout des doigts, un titre de champion de France de la classe Multi 50 et une préparation plus que rigoureuse. 
crédit photo : Jean-Marie Liot Fenetrea – Mix Buffet

Class40, l’armada atlantique

Cinquante-trois solitaires, représentants dix nations – parmi lesquels se nichent pas moins de trois anciens vainqueurs de La Solitaire du Figaro (Kito de Pavant, Nicolas Troussel, Yoann Richomme) – avec en ligne de mire le temps de référence établi par l’Espagnol Alex Pella en 2014, soit 16 jours 17 heures 47 minutes 8 secondes ! A l’exception de la Mini-Transat, aucune course océanique en solitaire ne peut annoncer autant de bateaux de même taille; cette impressionnante armada de voiliers de 12,19 mètres de long, régie par une jauge très cadrée, laisse toutefois entendre que les derniers-nés ont un léger bonus performance, surtout qu’ils sont menés par des régatiers aguerris…

  • Sam Goodchild : s’il n’a pas encore trente ans, il affiche néanmoins une grosse expérience du large et ce, sur une multitude de supports et de format différents. Le Britannique, qui a grandi à La Grenade, a depuis toujours passé du temps du l’eau, mais c’est très certainement son expérience sur le circuit exigeant des Figaro Bénéteau au sein de l’Artemis Offshore Academy qui lui a véritablement mis le pied à l’étrier, même s’il avait, avant ça, déjà engrangé un maximum de milles à travers l’Atlantique et le Pacifique, et fait ses armes en match-racing. Il sera en duo avec un bateau qui porte aujourd’hui les couleurs de Narcos : Mexico, la nouvelle série Netflix et avec lequel il espère faire encore mieux, mais surtout arriver en Guadeloupe « sans regret ».
  • Maxime Sorel : il est, sans conteste, l’un des grands animateurs de la Class40 depuis deux ans. Pour preuve, il a terminé sur le podium de la plupart des courses auxquelles il a participé depuis début 2017, remportant notamment de belle manière la Transat Jacques Vabre au côté d’Antoine Carpentier avec, à la clé, un record homologué de distance parcourue en 24 heures en Class40. Il s’agit naturellement d’un des grands favoris de cette Route du Rhum, une course à laquelle il a déjà participé il y a quatre ans et qu’il avait bouclé en première position chez les Vintage. 
  • Kito de Pavant : Voilà un marin au CV nautique bien rempli ! De fait, il n’affiche pas moins de trois participations au Vendée Globe, une victoire dans la Transat AG2R et dans la fameuse Solitaire du Figaro, des podiums sur la Transat Jacques Vabre mais aussi sur la dernière édition de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe en Class40. 
crédit photo : Martin Viezzer

Rhum Mono, le point de départ

Pour la première fois depuis la création de la Route du Rhum, tous les monocoques qui ne s’intègrent pas dans la série des IMOCA ou des Class40 sont regroupés dans une même classe : les Rhum Mono rassemblent dix-sept solitaires à Saint-Malo qui vont revenir sur les traces de Kriter V, le cigare noir de Michel Malinovski qui se fit doubler quasiment sur la ligne d’arrivée lors de la première édition en 1978… Qu’il y aura du match dans cette nouvelle catégorie qui rassemble des unités très variées en termes de taille, de conception, de performance, de comportement, de confort même ! Quoi de similaire entre la goélette de 21 mètres d’Éric Bellion (Commeunseulhomme) et l’Opium 39 de Jean-Luc Bizien-Jaglin (Transports Groussard) ? Quel parallèle entre Nils Boyer (Le Choix Funéraire) le plus jeune solitaire de la Route du Rhum du haut de ses 24 ans, et Bob Escoffier (Kriter V-Socomore-Quéguiner) le doyen qui aligne 70 ans et déjà quatre participations à cette transat ?

  • Sidney Gavignet : après deux participations à la Route du Rhum dans la classe reine des Ultimes, marquées par un abandon à la suite d’une avarie de structure en 2010, puis par une jolie 5 e place en 2014, c’est une autre histoire que souhaite écrire le marin aux trois Volvo Ocean Race (et autant de podiums), skipper du Team Oman Sail ensuite. 
crédit photo : Pierrick Contin

Rhum Multi, sur les traces de Mike Birch

Dans la catégorie des Rhum Multi rassemblant vingt-et-un solitaires, les quarante ans de la Route du Rhum ont une signification particulière. La Route du Rhum, c’est avant tout cette image incroyable d’un petit trimaran jaune qui déborde un immense monocoque noir dans les derniers mètres avant l’arrivée en Guadeloupe : 98 secondes d’écart après 23 jours 6 heures 59 minutes et 35 secondes ! La première édition de cette nouvelle transatlantique en solitaire marque les esprits au point que quarante ans plus tard, Charlie Capelle (Acapella-Soreal) et François Corre (Friends & Lovers) reviennent en découdre sur des sisterships du trimaran de Mike Birch face à Bob Escoffier (Kriter V-Socomore-Quéguiner) qui défend les couleurs de Michel Malinovski à bord de son monocoque ! 98 secondes pour l’éternité…

  • Charlie Capelle : de la série des cinq A’Capella construits depuis 1978, trois sont en effet au départ de la transat mythique pour le plus grand bonheur des passionnés de course au large et du patrimoine maritime. De fait, la course a précisément été marquée par le petit trimaran jaune avec la mémorable victoire de Mike Birch en 1978 à la barre d’Olympus pour 98 petites secondes d’avance sur Michel Malinovsky. À Bord de son fidèle trimaran de légende Acapella, multicoque naturellement chargé d’histoire, Charlie s’aligne au départ de l’épreuve pour la 5e fois depuis 1998 et reste fier de son « Stradivarius » tout comme l’était Mike de son Olympus. Les deux hommes ont démarré ensemble, il y a 40 ans, la construction des A’capella dans le Maine (USA) et chaque étape de leur passion commune est un chapitre de plus à l’histoire de ces duos de légende. Classée au patrimoine, sa monture en bois moulé d’acajou reste performante, et même si le constructeur naval ne peut espérer de victoire, il reste un concurrent averti. Ce n’est assurément pas Mike Birch, fidèle ami et complice de toujours, parrain d’Acapella, qui dira le contraire.
  • Loïck Peyron : Faut-il encore le présenter ? Probablement pas, mais dans le cas où vous étiez en expédition sur Mars ces 40 dernières années, on pourrait simplement vous rappeler que son parcours est exceptionnel, avec une polyvalence et des succès remarquables sur tous types de support : Mini Transat Solitaire du Figaro, Vendée Globe, Trophée Jules Verne, Barcelona Word Race, OSTAR, America’s Cup entre autres. Concernant spécifiquement la Route du Rhum, on pourrait vous dire que le Baulois, qui signe cette année sa 8e participation, est le recordman absolu en la matière. Mieux, qu’il est le tenant du titre avec même le temps de référence de la course (7 jours 15 heures 08 minutes et 32 secondes) à bord du Maxi Solo Banque Populaire VII après avoir pourtant remplacé au pied levé Armel Le Cléac’h, blessé à la main.
  • Yann Marilley : Après avoir régaté au plus haut niveau sur une multitude de supports, notamment en 6mJI (série dans laquelle il a décroché deux titres de champion du monde), puis travaillé comme team manager pour Yvan Bourgnon, pour Alain Gaultier et pour l’écurie Gitana dont il a été à l’origine, Yann Marilley a fait le pari d’un multipôle nautique à Saint Philibert. Mais ce n’est pas le seul projet auquel s’est consacré l’entrepreneur ces dernières années. Parallèlement, il s’est, en effet, concentré sur la construction d’un Outremer 5X Racing, une version custom « full carbon » (hormis les coques) du bateau amiral du chantier éponyme, imaginé et conçu avec le cabinet VPLP et son ami Jean Maurel, aujourd’hui disparu.
crédit photo : autre regard

#RDR2018

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