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Jour-J pour la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne !

4 juillet 2020

Lancement de la saison IMOCA, course qualificative pour le Vendée Globe pour certains, challenge sportif pour d’autres. Les 20 skippers engagés sont prêts, les fichiers météo sont à jour et à 15h30, les IMOCA prendront la route vers l’Islande, une grande première pour cette classe. Un parcours exigeant, pouvant rassembler en un minimum de temps les différents types de situations que pourront rencontrer les sportifs durant la grande boucle de Novembre. 

Vendredi 3 Juillet, un jour à part

Ce vendredi 3 juillet restera comme une journée pas comme les autres, dans une période sans précédent. Il aura été question de départ de ponton une veille de course, de tests médicaux et de masques de protection, d’impatience sans euphorie, de reprise inespérée et – finalement – bien plus précoce que redoutée. En ce vendredi 3 juillet, les skippers solitaires ont quitté le ponton en équipage, depuis leur port d’attache. A Port-la-Forêt, La Trinité-sur-mer, Lorient, Les Sables d’Olonne, La Rochelle, le même rituel huilé et contraint s’est mis en place : avant de rejoindre le bateau à deux, trois ou quatre navigants, tous ont passé un test PCR, celui qui permet de détecter en moins de 24 heures si le patient est porteur du virus Covid19 ou non. 

© François Van Meleghem / Lorient

« L’histoire de ce départ très inhabituel débute le 19 mars quand on a rangé le tapis rouge qui nous menait au Vendée Globe. Il a alors fallu tracer à la place une allée de graviers, et tout remettre d’aplomb. La grande qualité des marins, c’est la résilience : surmonter les tempêtes et repartir de plus belle à la sortie, c’est leur mode de vie. On a vu le programme initial s’effondrer, on a réfléchi, et on est reparti. Retrouver la compétition fut difficile, parce qu’il a fallu obtenir beaucoup d’autorisations, mais le degré de confiance qui unit les membres de la Classe IMOCA a permis de lever toutes les barrières en faisant accepter à tout le monde ces protocoles sanitaires contraignants et nécessaires ». Antoine Mermod, Président de la classe IMOCA

Une course sans village, comment suivre la course ?

Arriver dans le port de départ à une date déterminée ; laisser le bateau à quai et le proposer à la curiosité des badauds et des amoureux de voile ; partager du temps avec les partenaires, la presse, le public, et partir enfin, après une, deux voire trois semaines d’immobilisation. C’est ça, généralement, un départ de course. Sauf cette année. Pour certains marins, cette course sans village provoque une perte de repères dans des protocoles mentaux soigneusement élaborés. 

Pour suivre le départ, un direct est proposé sur les plateformes de la Classe IMOCA pour suivre l’événement commenté par le journaliste sportif Grégoire Tournon qui sera entouré des navigateurs Romain Attanasio (skipper de l’IMOCA Pure Best-Western) et Pascal Bidégorry (record de l’Atlantique Nord, victoire de la Volvo Ocean Race et de la Transat Jacques Vabre et fin connaisseur des IMOCA à foils). De son côté, France Télévisions est également sur le pont en diffusant le départ sur France Ô ainsi que sur France 3 Pays de la Loire, France 3 Bretagne, France 3 Normandie, France 3 Poitou Charentes, France 3 Provence Alpes Côte d’Azur et les chaînes 1ères. France 3 Pays de la Loire sera à la réalisation avec Anthony Brulez en studio, accompagné du navigateur Yann Eliès (deux participations au Vendée Globe et double vainqueur de la Transat Jacques Vabre). Le journaliste de France TV Sport, Gaël Robic, sera lui au plus près des bateaux à bord du catamaran Royale Production. Enfin, les antennes numériques et la plateforme france.tv retransmettront également le départ en ligne pour le plus grand plaisir des amateurs de sports !

Les différents enjeux!

L’urgence prend de multiples formes. Il est urgent de mettre à l’épreuve les marins qui doivent apprendre à composer avec des machines de plus en plus puissantes, rapides, violentes, d’acclimater les corps à la mer et de leur permettre aussi de compiler, en dix-douze jours de mer consécutifs, des réflexes de navigateur solitaire.

« La Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne sera ma première course en solitaire en IMOCA, ce n’est pas une petite étape ! Même si j’ai à cœur d’aller vite et de faire une belle trajectoire, je vais surtout être concentrée sur mon bateau et moi. Je vais m’attacher à bien prendre ma première ligne de départ toute seule, à bien gérer mon bateau, bien penser mes manœuvres et ma stratégie. Cette course est un gros objectif pour moi qui n’étais pas prédestinée à intégrer une si belle équipe, je ressens forcément de l’appréhension. Terminer la course, faire honneur à mon équipe et ne pas être prise à défaut en tant que navigatrice sont déjà de bons objectifs. » Clarisse Crémer, skipper Banque Populaire

Freinés dans leur plan de développement, les bureaux d’études et les équipes techniques comptent sur cette course pour tester, passer un cap ou travailler la performance. Dans l’équipe ARKEA PAPREC, l’un des enjeux est de tester la nouvelle paire de foils tout juste mise en place. « Comme je n’ai reçu les foils que peu de temps avant le départ, je ne me fixe pas d’objectif de résultat, » explique le Sablais Sébastien Simon. « Je dois avant tout comprendre comment mon bateau se comporte avec ces nouveaux foils. Je me projette dans la course avec un peu d’appréhension. Ce n’est pas anodin, ces foils font sept mètres d’envergure : ils apportent beaucoup de puissance. » Puissance qu’il faut apprendre à maîtriser et à laquelle il faut aussi acclimater le corps. Skipper de MACSF, l’une des quatre femmes du plateau, Isabelle Joschke aborde l’épreuve avec prudence : « Je dois admettre que ce n’est pas toujours un plaisir de naviguer sur un foiler. Mon entraînement de février m’a permis d’apprendre ce à quoi j’allais être confrontée cet hiver. C’est amusant lorsque le bateau va vite mais, dès qu’il y a de la mer, c’est très désagréable. Lorsque vous êtes sur le bateau, vous devez vous accrocher partout, cela peut être dangereux. » L’objectif sur la course : « Je veux savoir jusqu’où je peux pousser le bateau, tout en ayant assez d’énergie pour qu’il puisse tenir une autre semaine, puis une autre et encore une autre car le tour du monde sera très long. »

Qui sont les favoris ?

17 des 20 solitaires engagés partent libérés des obligations de qualification, et vont donc pouvoir lâcher les chevaux et les progrès de leur IMOCA. Juchés sur des monocoques de dernière génération, Jérémie Beyou (Charal), Charlie Dalin (Apivia) et Thomas Ruyant (LindkedOut) font figure de favoris naturels. « Il y a une ligne de départ et une ligne d’arrivée donc, forcément, ça rend un peu énervé » s’amuse Jérémie Beyou. « Si on pouvait sortir un résultat, ce serait bien parce que cela récompenserait bien des efforts de tout le monde. On cherche à savoir où nous nous situons par rapport aux autres et si les choix ont été bons. Et, au cas où, sur un petit carnet, on a déjà des modifications à apporter durant l’été, pour moduler le bateau. » Vainqueur de la Transat Jacques Vabre 2019 pour la première sortie officielle d’Apivia, avec Yann Eliès, Charlie Dalin résume sa trajectoire : « La Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne sera une étape de contrôle intermédiaire, une sorte de bac blanc avant le Vendée Globe. Ce sera surtout un retour à la compétition, qui me manque ! J’ai vraiment hâte de retrouver le goût particulier de la confrontation ! » Favoris théoriques, les trois hommes ne manqueront pas d’adversité car derrière eux, des skippers aguérris sur des foilers de générations précédentes peuvent prétendre à un podium si une casse intervient sur les trois hommes de tête. Depuis qu’il a repris le projet PRB, Kevin Escoffier a le Vendée Globe en ligne de mire. En 2019, il s’est illustré avec 3 podiums en 3 courses – 3 fois à la seconde place dont la Transat Jacques Vabre. 2020 sonne pour lui comme l’année de la nouveauté, appréhender un bateau seul mais les premiers essais en mer sont plus que concluants avec des manoeuvres nettes, de belles trajectoires. Du côté de Sam Davies, elle a atteint l’âge de maturité avec son bateau et offre du beau spectacle. Elle est largement capable d’aller tatillonner les hommes de tête!

Top 5

1- Charal, Jeremie Beyou; 2 – Linked Out, Thomas Ruyant; 3 – Apivia, Charlie Dalin; 4 – PRB, Kevin Escoffier; 5- Initiatives Coeur, Sam Davies

Les Éditions Gallimard et l’Institut Pasteur embarquent dans l’aventure arctique

Dans ce contexte de crise sanitaire d’une ampleur extraordinaire, chacun rêve de voyage, d’espace et de découverte. Les marins, eux, piaffent d’impatience à l’idée de renouer avec la compétition et le large, avec le mythique Vendée Globe dans le viseur. En ce jour, aux Sables d’Olonne, ils s’alignent au départ de la Vendée – Arctique – Les Sables d’Olonne avec, devant les étraves, un voyage inédit vers des latitudes inusitées pour les coureurs au large modernes. Une course originale, tant d’un point de vue sportif qu’emblématique, offrant une expression différente à la compétition, en faisant des écrivains des Éditions Gallimard et des chercheurs de l’Institut Pasteur, ses partenaires, dans le but de porter un message d’unité. Pour cela, quel meilleur vecteur qu’un projet d’écriture ? Les textes produits par des marins et des auteurs seront ainsi réunis, à l’automne 2020, à l’aube du Vendée Globe, dans un recueil illustré publié par les Éditions Gallimard, intitulé « Prélude littéraire au Vendée Globe. Regards d’écrivains et de marins ». Antoine Gallimard, particulièrement attaché à ce projet, a choisi Erik Orsenna marin, écrivain et ambassadeur de l’Institut Pasteur comme parrain de l’opération.

© Yann RIOU / PolaRYSE

« La force de ce projet est de pouvoir faire ressentir ce qu’une course en mer dégage d’émotions aussi bien pour son classement dans la course que pour ce que la mer nous renvoie de nous-même. Le rôle de l’éditeur est de proposer au lecteur de partager ces moments exceptionnels que vivent nos champions. Si de grands écrivains comme Conrad, Melville ou Moitessier ne nous avaient pas apporté l’air du large nous ne connaitrions pas ce que la mer a de fascinant » Antoine Gallimard, président des éditions Gallimard

Dix-neuf navigateurs se sont livrés à ce fameux exercice d’écriture tandis que onze auteurs des éditions Gallimard se sont associés au projet. Leurs textes seront dévoilés sur une plateforme dédiée pendant la course, chaque jour à 17 heures, de même que les capsules vidéo réalisées par les chercheurs de l’Institut Pasteur sur lesquelles les organisateurs de la course ont souhaité porter un coup de projecteur. Le but : sensibiliser le public aux actions menées par la fondation au quotidien et en temps de crise.

www.vendee-arctique.com

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