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Brest Atlantiques, le récit de l’aventure

7 janvier 2020

Un mois après l’arrivée de Brest Atlantiques, je voulais revenir sur le récit haletant de cette course unique, sur 4 maxi trimarans, en double, partie le 5 Novembre de Brest pour un retour un mois après. 

5 Novembre – Départ grandiose pour Brest Atlantiques

Mer blanche et fumante, vents moyens de 28/30 nœuds, avec rafales un peu en dessous de 40, ciel dégagé et belle lumière d’automne, toutes les conditions étaient réunies ce mardi à 11h00 au pied de la Chaussée de Sein pour offrir à « Brest Atlantiques » un départ grandiose, à la hauteur du gigantisme des trimarans de la Classe Ultim 32/23. La veille, compte tenu de la météo musclée annoncée, les huit marins engagés avaient fait part de leur intention de ne « pas faire de bêtises », pour reprendre l’expression de Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild), Yves Le Blevec (Actual Leader) évoquant le « savant dosage à trouver entre sens marin et compétition ». Ils ont tenu parole, tous s’élançant à proximité de l’Occidentale de Sein, tribord amure sous grand-voile arrisée (réduite) et voiles d’avant roulées.

Ce qui ne les a pas empêchés de franchir la ligne de 2,5 milles lancés à près de 30 nœuds, preuve de la puissance de ces trimarans de 32 mètres sur 23, avant d’allonger la foulée une heure plus tard, une fois le J3 (petite voile d’avant) déroulé. « On part pour un mois de mer, ça ne sert à rien de tout casser maintenant, mais en même temps, il ne faut pas rester arrêtés, parce qu’on veut tous aller le plus vite possible, c’est l’éternel dilemme de la course au large », confiait trois heures plus tôt, au moment de quitter le quai Malbert, François Gabart (Trimaran Macif), à la lutte avec le Maxi Edmond de Rothschild en tête de la flotte après quatre heures de mer avalés à 30 nœuds de moyenne. 

Les quatre trimarans devraient en terminer entre 23h et minuit avec ce Golfe de Gascogne tant redouté pour ensuite s’offrir « une fabuleuse glissade vers le Brésil », pour reprendre l’expression de Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) au moment de quitter Brest. « Le Cap Finisterre sera déjà une sacrée étape franchie, c’est fou de se dire qu’on sera en Espagne ce soir. Après, ça va être un peu plus détente et on va pouvoir vraiment rentrer dans la performance, ça va être chouette », a confié de son côté Gwénolé Gahinet, Franck Cammas ajoutant : « Vivement ce soir ! On va essayer de sortir indemnes au Cap Finisterre, on pourra ensuite attaquer davantage. »

6 Novembre – Vol au-dessus de 30 nœuds au large de Gibraltar

Ils ne traînent pas en route ! Partis prudemment mardi dans une Mer d’Iroise très agitée, les quatre trimarans engagés sur « Brest Atlantiques » ont peu à peu allongé la foulée en même temps qu’ils lâchaient des ris dans leur grand-voile et déployaient les voiles d’avant, profitant d’angles de vent favorables (nord-ouest) et d’une mer peu à peu aplanie, propices à de la très haute vitesse. Les vidéos du bord envoyées par des media men bien secoués par cette entrée en matière plus que tonique sont assez impressionnantes, entre sifflements incessants, gerbes d’écumes et pointes au-delà des 40 nœuds !

Images du bord – Actual Leader

Et si les premières heures ont été plutôt prudentes, au point que deux des quatre bateaux, le Maxi Edmond de Rothschild (Franck Cammas/Charles Caudrelier) et Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella), ont choisi une route plus abattue dans le Golfe de Gascogne et un passage à l’est du DST (zone de séparation du trafic) du Cap Finisterre, ils sont désormais tous passés en mode régate, notamment en tête de flotte où le Trimaran Macif (François Gabart/Gwénolé Gahinet) et le Maxi Edmond de Rothschild ne se sont pas lâchés de l’après-midi de mercredi, avec quasiment la même distance parcourue et une moyenne très proche (28-29 nœuds).

Derrière, alors qu’ils évoluent tous au large de Gibraltar (908 milles parcourus en tout par le Trimaran Macif au classement de 16h), Sodebo Ultim 3 (Thomas Coville/Jean-Luc Nélias) ne lâche pas de terrain, pointé à 54 milles du leader, tandis qu’Actual Leader, ralenti au passage du Cap Finisterre dans une petite zone de molle, est pointé à 162 milles. « On a commencé à voler depuis hier soir, là, on glisse à 40 nœuds, nous sommes en tête, c’est cool. On a réussi à ne rien casser dans le Golfe de Gascogne, à trouver le bon compromis entre vitesse et préservation du bateau », s’est félicité mercredi dans la journée François Gabart dans une vidéo envoyée par son media man Jérémie Eloy.

Images du bord – Trimaran MACIF

La suite du programme ? Le spécialiste du routage Christian Dumard, qui travaille avec la direction de course explique : « Ils finissent actuellement de contourner l’anticyclone des Açores par le sud dans une mer qui s’est bien lissée, c’est ce qu’on appelle faire une aile de mouette, ensuite, ils vont empanner, sans doute dans la nuit, entre Madère et les Açores, et faire route plein sud vers Rio. » Où les premiers sont attendus en à peu près 7 jours de mer…

7 Novembre – Premiers empannages, premier répit

Après un tout droit bosselé dans le Golfe de Gascogne et une joliment nommée « aile de mouette » pour passer au sud de l’anticyclone des Açores, le grand sujet du jour sur les quatre trimarans partis mardi de Brest était le choix du moment de l’empannage, le premier de la course, à effectuer pour incurver la trajectoire plein sud vers l’équateur puis le Brésil. Une manœuvre indispensable mais coûteuse en énergie, comme l’a expliqué Jean-Luc Nélias (Sodebo Ultim 3) dans une vidéo envoyée par le media man martin Keruzoré : « Un jibe (empannage), c’est environ une demi-heure, entre monter un foil, descendre l’autre, faire la manœuvre, reborder le gennaker, retrouver tous les réglages ».

Images du bord – Sodebo Ultim 3

C’est le Maxi Edmond de Rothschild, le plus à l’est de la flotte depuis son passage à l’intérieur du DST du Cap Finisterre, qui a dégainé le premier en milieu de nuit de mercredi à jeudi, Franck Cammas et Charles Caudrelier ayant eu le droit à deux autres empannages dans la matinée, perturbés par un grain qui a collé aux basques de leur trimaran. « Le premier empannage était bien placé, nous avons eu un super début de bord, mais ensuite, on a buté dans un grain qui avançait avec nous », a commenté Charles Caudrelier dans une vidéo envoyée par le media man Yann Riou, Franck Cammas ajoutant : « On a galéré toute la nuit, on a fait des bords à l’envers ».

Images du bord – Edmond de Rothschild

Du côté des autres bateaux, le Trimaran Macif (François Gabart/Gwénolé Gahinet), le plus à l’ouest de la flotte, a empanné une fois, tout comme Sodebo Ultim 3 (Thomas Coville/Jean-Luc Nélias), tandis qu’Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella) a effectué la manœuvre à deux reprises. Jean-Luc Nélias résumant l’enjeu de cette bataille stratégique : « Il fallait essayer de trouver le meilleur moment possible en fonction de la force et de la direction du vent, c’était important de caler cet empannage le mieux possible, parce que normalement, c’est le dernier avant le Pot-au-noir qui est dans deux jours. On ne saura que dans deux jours si c’était le bon moment. »

D’ici là, une descente toujours rapide dans un alizé irrégulier d’une quinzaine de nœuds et dans une mer désormais bien praticable attend les huit marins. Elle nécessitera bon nombre de réglages pour adapter la trajectoire aux caprices en force et en direction de cet alizé, mais l’état de la mer va permettre à tous de recharger les batteries après une entame musclée. Au classement de 16h jeudi, le Maxi Edmond de Rothschild est toujours en tête, avec 25 milles d’avance sur le Trimaran Macif, 132 sur Sodebo Ultim 3 et 248 sur Actual Leader. 

8 Novembre – Le Cap Vert avant le Pot

Les voix claires, les traits pas trop tirés, le moral au beau fixe, les quatre skippers joints ce vendredi à la vacation hebdomadaire de « Brest Atlantiques » se félicitaient de profiter de conditions estivales après l’entame musclée du Golfe de Gascogne. « Je pensais que le soleil et le ciel bleu n’existaient pas, si, si, je vous rassure, il y a des coins de la planète où il fait méga beau. Par contre, de temps en temps, et ça nous a beaucoup embêtés toute la nuit et depuis 24 heures, il y a des gros grains qui ont parfois la mauvaise idée de « bouffer » le vent, ce qui n’est pas très bon pour la vitesse », a résumé Thomas Coville sur Sodebo Ultim 3, troisième à 16h.

Un Sodebo Ultim 3 en chasse derrière le duo de tête composé du Maxi Edmond de Rothschild et du Trimaran MACIF, avec avantage ce vendredi au premier qui a su tirer profit d’un décalage à l’est pour descendre plus vite que son rival. Pas de quoi cependant faire exulter un Franck Cammas tout de même satisfait du début de course du tandem qu’il forme avec Charles Caudrelier : « On sait que Macif va vite tout le temps, ils connaissent parfaitement le bateau, maîtrisent ce genre de navigation autour du monde, nous sommes déjà très contents de matcher avec lui, tant mieux si on est devant. Mais ça ne reste que le début de la course. En tout cas, c’est un beau jeu d’échecs dans l’Atlantique. »

Sur le Trimaran Macif, deuxième au classement de 16h à 65 milles du leader, François Gabart se montre fair-play : « Le Maxi Edmond de Rothschild était très à l’est, ils ont réussi à gagner dans l’ouest assez facilement, parce que le vent était plus fort à l’est la nuit dernière par rapport aux prévisions, ils en ont bien profité. » Le vainqueur du Vendée Globe 2012, comme ses concurrents, a désormais les yeux rivés sur le Cap Vert, avec le dévent des îles à gérer, puis sur un Pot-au-noir qui, d’après Franck Cammas, pourrait sourire aux premiers arrivés : « J’ai l’impression que le Pot-au-noir est assez dégagé quand on y rentre, mais qu’il se reforme avant d’en sortir. Il y a une toute petite chance pour que celui qui entre le premier s’en sorte mieux que ses poursuivants. »

A l’arrière de la flotte, Yves Le Blevec et Alex Pella (Actual Leader), flashés à plus de 30 nœuds dans la matinée de vendredi, continuent de jouer les chasseurs, à l’affût : « Parfois, les conditions permettent aux bateaux de devant d’aller assez vite, à d’autres moments, comme ce matin, on peut combler un peu notre retard. En tout cas, on ne lâche rien, le rythme est très bon à bord d’Actual Leader, nous sommes ravis d’être où nous sommes avec un bateau exactement dans le même état qu’au départ. La course est magnifique pour nous, on va faire en sorte que l’histoire continue à être belle. »

9 Novembre – Début de Pot et avarie pour le trimaran MACIF

A la lutte aux avant-postes de Brest Atlantiques depuis le départ de Brest mardi dernier, François Gabart et Gwénolé Gahinet ont déploré une avarie de safran central après avoir percuté un OFNI dans la nuit de vendredi à samedi : « Ce samedi 9 novembre à 1h30 UTC (2h30 heure Paris), l’équipage du trimaran MACIF a constaté la casse du safran central suite au choc avec un OFNI alors qu’il naviguait au large des îles du Cap Vert. Son skipper, François Gabart, a alors rapidement pris contact avec son équipe à terre pour annoncer l’avarie, indiquant par ailleurs qu’il n’y avait pas de voie d’eau constatée à bord et que le bateau restait parfaitement manœuvrable, les vitesses affichées ce matin en témoignent », indique le communiqué de MACIF.

Effectivement à 16h, le plan VPLP affichait une moyenne de 35,3 nœuds sur 4 heures, toujours sur les talons du leader, le Maxi Edmond de Rothschild (Franck Cammas/Charles Caudrelier) ! « En mode vol, il ne doit pas être trop gêné par cette avarie, parce que le bateau est posé sur les deux safrans de flotteurs, il risque d’être davantage handicapé lorsque le vent refusera le long des côtes brésiliennes », estime le directeur de course de « Brest Atlantiques », Jacques Caraës, tenu informé, dès cette nuit, de la situation par les skippers et leur équipe.

Une équipe qui s’organise, car François Gabart et Gwénolé Gahinet envisagent une escale technique, autorisée par l’avis de course : « Une solution reste à l’étude pour pouvoir réparer et poursuivre ainsi la course en toute sécurité. L’équipe technique du bateau étudie donc actuellement toutes les possibilités d’escale au Brésil pour organiser cette intervention au plus vite et remplacer la pièce », poursuit le communiqué de MACIF.

En attendant d’arriver au Brésil, le trimaran s’apprête à traverser le Pot-au-Noir quasiment en même temps que le Maxi Edmond de Rothschild, sur lequel Franck Cammas et Charles Caudrelier ont eu un peu de bricolage dans la nuit, comme l’explique ce dernier : « On a eu un problème sur la galette de gennaker, qui permet de rouler la voile. Là, on ne pouvait plus le faire. Le bout d’amure du gennaker était sorti de l’enrouleur et il était coincé. C’était un vrai problème, parce que la voile fait 400m2, et que nous arrivons dans une zone potentielle de grains où ce type d’incident peut avoir des conséquences bien plus graves. »

Le problème résolu, le Maxi Edmond de Rothschild  commence en effet ce samedi après-midi à sentir les prémices du Pot-au-noir. D’après Christian Dumard, consultant météo pour Brest Atlantiques, les deux bateaux de tête ne devraient pas vraiment être ralentis : « Il sont en train d’y rentrer, mais il n’est pas très actif, la sortie est 400 milles devant eux, je pense que dimanche matin, ils seront sortis d’affaire. Après, le Pot-au-noir reste un gruyère dans lequel il y a des zones sans vent, ils devront être vigilants. »

Christian Dumard se montre moins optimiste pour le troisième, Sodebo Ultim 3 (Thomas Coville/Jean-Luc Nélias), et surtout pour Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella), qui devraient être davantage freinés : « Actual Leader va sans doute être davantage ralenti à cause d’’une zone orageuse qui va traverser le Pot-au-noir ». Ce qu’a d’ailleurs confirmé Ronan Gladu, media man à bord d’Actual Leader, dans son message du jour : « Encore une fois, ça risque de s’échapper par devant, avec la grosse transition du fameux Pot-au-noir. La porte serait ouverte pour Edmond de Rothschild et Macif alors qu’elle va se refermer sur nous… En tout cas, cela motive encore plus Yves et Alex à « attaquer » comme ils disent ! » Et vu les sourires des deux skippers au moment de s’offrir des œufs-bacon relevés d’ail et d’huile d’olive concoctés par Ronan Gladu, ça n’a pas l’air d’infléchir leur moral…

10 Novembre – Premier break pour le Maxi Edmond de Rothschild

L’adage souvent utilisé en course au large qui veut que les riches deviennent toujours plus riches s’est vérifié sur la première des deux traversées du Pot-au-noir de Brest Atlantiques. Samedi matin, au moment d’analyser le positionnement de cette zone intertropicale, où convergent alizés des hémisphères Nord et Sud, provoquant une remontée d’air chaud et de grosses masses nuageuses générant soit grains violents, soit périodes de calmes, Franck Cammas estimait que les premiers arrivés avaient plus de chance d’y passer moins de temps que les autres.

Le skipper du Maxi Edmond de Rothschild a vu juste : le plan Guillaume Verdier, entré dans l’après-midi de samedi dans le Pot-au-noir, n’y aura en effet passé qu’une quinzaine d’heures, sans jamais être totalement arrêté, sauf dimanche matin alors qu’il semblait sorti d’affaire. « On pensait sortir plus tôt, mais un nuage nous a accrochés juste avant et nous avons repris quelques heures ! Là ça semble être la bonne risée… », a confié Franck Cammas dans la matinée.

Derrière, leurs poursuivants auront été davantage freinés, puisque tour à tour, le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet), handicapé depuis samedi par une avarie au niveau du safran de coque centrale, Sodebo Ultim 3 (Thomas Coville/Jean-Luc Nélias) et Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella) ont eu le droit à leurs coups d’arrêt successifs, difficiles à vivre pour des marins qui ont fait des hautes vitesses leur spécialité.

Dans une vidéo envoyée par Martin Keruzoré, media man à bord de Sodebo Ultim 3, qui résume à elle seule ce qu’est le Pot-au-noir, entre brutales accélérations dans les grains et voiles battantes dans la « pétole », Thomas Coville expliquait dimanche matin : « On n’en est pas sortis du tout, le Pot-au-noir s’est reformé devant nous. Il n’a pas fallu grand-chose pour qu’on arrive à accrocher la même chose que les autres devant. C’est beaucoup d’efforts pour beaucoup de frustration. »

Résultat de ce coup de l’élastique, le Maxi Edmond de Rothschild, qui a franchi l’équateur dimanche à 14h45 (heure française) après 5 jours 3 heures et 45 minutes de mer, comptait au classement de 16h 163 milles d’avance sur le trimaran MACIF (contre 44, 24 heures plus tôt), 221 sur Sodebo Ultim 3 (contre 164) et 376 sur Actual Leader (contre 371).

Reste que les cartes vont sans doute être redistribuées dans les prochains jours, avec les escales programmées des deux bateaux de tête : si l’équipe de MACIF n’a toujours pas communiqué sur son lieu d’arrêt pour réparer le safran central du trimaran, le Gitana Team a annoncé ce dimanche après-midi que le Maxi Edmond de Rothschild allait faire un « pit-stop » à Salvador de Bahia à cause d’une avarie au niveau de la dérive du trimaran. « Nous allons devoir nous arrêter à Bahia quelques heures, a confirmé Franck Cammas dans un communiqué envoyé par son équipe. Nous avons eu un problème avant le passage du Cap Vert sur notre dérive et il y a des choses à réparer. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé, un choc vraisemblablement, mais visuellement, le bas de la dérive est abîmé, donc le bateau n’est pas dans des conditions de navigation optimales. Avec Cyril Dardashti, l’équipe et notre routeur Marcel Van Triest, on a pesé le pour et le contre : ce que nous coûte l’arrêt en termes de milles, ce qu’il reste à faire en longueur de course, car nous avons seulement fait un quart du parcours, la météo à venir et bien sûr la sécurité. Après avoir regardé tout cela, on pense que le meilleur compromis, c’est cet arrêt pour repartir avec un bateau à 100 % de son potentiel ».

Avec l’aide de l’organisation de la Transat Jacques Vabre et du responsable de la Marina de Salvador de Bahia, une solution a été trouvée pour que le Maxi Edmond de Rothschild vienne s’amarrer quelques heures dans la « Baie de tous les Saints » afin de réparer sa dérive endommagée.

11 Novembre – Opérations commando en vue à Bahia et Rio

Tous sortis indemnes d’un Pot-au-noir qui, les images envoyées par les media men en témoignent, aura secoué les bateaux et les marins, les quatre trimarans de la Classe Ultim 32/23 s’offrent en ce 11 novembre, un armistice bienvenu sous la forme d’un long bord de travers et de glisse le long des côtes brésiliennes, qu’ils ont tous atteintes, à l’exception d’Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella), situé à environ 200 milles de la latitude du nord-est du Brésil lundi à 16h. Dans un vent de sud-est de 10-15 nœuds, les vitesses sont restées élevées dans la matinée, avant de faiblir en même temps que l’alizé en début d’après-midi pour les  deux premiers, le Maxi Edmond de Rothschild (Franck Cammas/Charles Caudrelier) et le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet), qui vont s’arrêter, respectivement à Salvador de Bahia et Rio de Janeiro.

Le premier pour une réparation au niveau de la dérive, abîmée dans un choc avec un OFNI (objet flottant non-identifié), l’escale à Salvador, où il est attendu tôt mardi matin (heure française), étant supervisée depuis Lorient par Cyril Dardashti, directeur général du Gitana Team. « L’équipe technique est arrivée la nuit dernière à Salvador, explique ce dernier. Aujourd’hui, elle doit préparer tout le matériel pour qu’à l’arrivée du Maxi Edmond de Rothschild, les choses s’enchaînent le plus rapidement possible. Ce n’est jamais souhaitable de s’arrêter et c’est dur pour Franck et Charles qui ont beaucoup donné depuis le départ pour construire l’avance qu’ils possèdent aujourd’hui sur le reste de la flotte, mais cette escale est indispensable pour repartir avec un bateau à 100 % de son potentiel ». 

Même escale indispensable pour le trimaran MACIF, dont le safran de coque centrale a été endommagé au large du Cap Vert, comme l’a confié François Gabart au media man Jérémie Eloy : « On naviguait relativement vite, à 35-40 nœuds, lorsque nous avons tapé quelque chose assez fort, nous avons entendu un bruit très sec, nous avons violemment percuté un objet flottant non identifié, ce qui a entraîné la casse du safran central. Ce safran à l’arrière de la coque centrale sert à diriger le bateau, mais par chance, nous en avons trois sur nos trimarans Ultim, donc il nous reste les deux safrans de flotteur. En ligne droite, on continue à aller vite et bien, en revanche, il y a des moments où le bateau devient  peu manoeuvrant et où on est tout proches de la sortie de piste, un peu comme ce que j’avais vécu l’année dernière sur la Route du Rhum après la perte d’un safran de flotteur. »

François Gabart et Gwénolé Gahinet, en concertation avec l’équipe MACIF, ont donc pris la décision de s’arrêter, choisissant de procéder à la réparation à Rio où ils devraient arriver mercredi. « Compte tenu de la progression du bateau et de la logistique à mettre en œuvre autour de cette réparation, le port de Rio s’est révélé le meilleur compromis. Une équipe restreinte partira donc ce lundi en direction de Rio où le bateau est attendu mercredi. Le safran de rechange acheminé a quant à lui été fourni par le team Banque Populaire », a indiqué l’équipe lundi en début d’après-midi.

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, ces deux arrêts vont forcément profiter à Sodebo Ultim 3 (Thomas Coville/Jean-Luc Nélias) et Actual Leader qui vont probablement passer devant Edmond de Rothschild et le trimaran MACIF, même si, d’après Christian Dumard, consultant météo de Brest Atlantiques, ils ne vont pas bénéficier de conditions très propices aux hautes vitesses : « On constate déjà en ce moment que l’alizé est en dents de scie, il va continuer à être assez mou et irrégulier jusqu’à Rio. Par contre, en arrivant sur Rio, probablement mercredi après-midi pour les premiers, ils vont retrouver du vent fort, mais orienté est, ce qui signifie qu’une fois enroulées les îles Cagarras, ils vont repartir au près dans du vent fort. Les conditions ne seront pas faciles, tous doivent commencer à réfléchir à leur stratégie et à la gestion du bateau. »

12 Novembre – L’analyse de Sébastien Josse : « Vers une traversée Rio-Le Cap au près »

Depuis mardi matin, 9h18, le Maxi Edmond de Rothschild est à Salvador de Bahia où l’équipe technique du Gitana Team s’affaire pour réparer la dérive centrale. Le trimaran MACIF a pris les commandes de « Brest Atlantiques », mais va devoir à son tour faire une escale technique mercredi à Rio de Janeiro pour remplacer son safran de coque centrale (prêté par le Team Banque Populaire). Sodebo Ultim 3 devrait en profiter pour s’installer aux commandes de la course devant Actual Leader. Tous les mardis, Sébastien Josse, consultant pour la direction de course, revient sur la semaine écoulée de « Brest Atlantiques ».

Evoquons d’abord le départ de « Brest Atlantiques » et cette descente dans le Golfe de Gascogne, comment s’est-elle passée pour les quatre trimarans ?

Ils ont tous navigué en bon marin, en partant avec un ou deux ris et sans voile d’avant ; ils n’avaient pas trop le choix. Ils savaient qu’il y avait six heures un peu délicates dans des conditions musclées. La différence avec la Route du Rhum l’année dernière, c’est que c’était plus ouvert, VMG, donc moins sollicitant pour les bateaux. Ils sont partis quand même assez vite, à 28 nœuds de moyenne. Ils se sont tous un peu observés, et au bout de quatre-cinq heures, le trimaran MACIF a déroulé sa voile d’avant et a tout de suite gagné 4-5 nœuds. Le Maxi Edmond de Rothschild a embrayé. Ce sont tous des compétiteurs : quand François (Gabart) a dégainé, Franck (Cammas), ça l’a tout de suite titillé.

Par la suite, il y a eu des choix de route différents, pourquoi selon toi ?

Oui, le Maxi Edmond de Rothschild et Actual Leader sont passés sous le DST, ce n’était pas forcément le routage. La route optimum était davantage celle suivie par MACIF à l’ouest. Je pense que cette trajectoire à l’intérieur était liée à des histoires d’angle à la mer, c’était une route un peu plus sage. Après, c’est toujours difficile, quand tu es sous le vent d’un bateau, de lofer, parce que tu sais que tu vas passer derrière.

Après, il y a eu bataille d’empannages…

Oui, avec des vents beaucoup plus irréguliers que ne le donnaient les fichiers. Notamment, quand on fait une « aile de mouette » pour faire le tour de l’anticyclone, c’est plus stable. Le Maxi Edmond de Rothschild a empanné le premier, ils font ensuite deux autres empannages. Je pense qu’ils ont essayé d’échapper à un grain sous lequel ils étaient collés, ils voulaient sans doute aussi éviter de se rapprocher de l’anticyclone, parce que le bateau est plus lourd. Là encore, les routages donnaient plus la route à l’ouest, mais le Maxi Edmond de Rothschild a croisé devant, parce que le bateau est le plus rapide de la flotte. Il a cet avantage d’en avoir sous la pédale, ils sont toujours un peu plus vite, un peu plus bas. On l’avait déjà vu sur la Route du Rhum et aux entraînements cette année. Ce qui est normal, car même si MACIF a été modifié pour être plus volant, Gitana 17 est un bateau plus récent et plus grand, le trimaran MACIF fait 2 mètres de moins (30 mètres contre 32).

Comment s’est passée la traversée de Pot-au-noir ?

Je pense qu’ils ont tous bien regardé ce qu’il s’était passé sur la Transat Jacques Vabre. Vu que ça passait assez dans son est, c’est toujours mieux d’avoir des repères devant. Le Maxi Edmond de Rothschild s’en est bien sorti. Je pense que dans les zones de molle, l’avarie de safran de MACIF a été pénalisante : à haute vitesse, au-delà de 25 nœuds, c’est un plus de ne pas avoir de safran central, parce que ça fait moins de traînée. En revanche, à basse vitesse, dans moins de 15 nœuds, le bateau devient difficile à tenir, ils en ont peut-être même parfois perdu le contrôle et fait quelques 360. Du coup, pour avoir toujours le contrôle du bateau, tu bordes moins les voiles c’est compliqué comme conduite ; mais François excelle dans le domaine. Il a quand même fait une Route du Rhum l’an dernier avec un tiers  de ses appendices en moins !

Penses-tu que le Maxi Edmond de Rothschild a été de son côté pénalisé par son avarie de dérive ?

Oui, je pense qu’entre le Pot-au-noir et Bahia, ils auraient dû approcher en mode volant des 35 nœuds de moyenne, voire au-delà, alors qu’ils sont rarement passés au-dessus des 30 nœuds.

Les deux escales techniques du Maxi Edmond de Rothschild à Bahia et du trimaran MACIF à Rio vont-elles générer de l’écart en faveur de Sodebo Ultim 3 et Actual ?

Ça dépend évidemment du temps des escales ; mais oui, forcément. Quand tu t’arrêtes, vu que ces bateaux avancent à plus de 25 nœuds minimum, ça permet à ceux de derrière de vite revenir. Donc Sodebo va prendre la tête, ça peut s’ouvrir pour lui s’il n’a pas d’avarie et qu’il ne s’arrête pas.  On sait que cette course va être pleine de rebondissements avec ces arrêts au stand qui font complètement partie du jeu.

Comment juges-tu le parcours jusqu’ici de Sodebo Ultim 3 et Actual Leader ?

Actual Leader, on le savait, a un déficit de vitesse par rapport aux autres, ce qui lui a porté préjudice sur le début de la course, parce qu’il n’avait pas les mêmes angles de descente, il était plus au portant que les autres qui marchaient plus au travers. Après, vu la suite du programme dans l’Atlantique Sud, ça va être différent. Il va sans doute y avoir un resserrement en sa faveur. Et de toute façon, il peut prétendre comme les autres au podium voire à la victoire. S’il ne s’arrête jamais et que tous les autres font une escale, il peut gagner ! Quant à Sodebo Ultim 3, on voit qu’il va un peu moins vite que le Maxi Edmond de Rothschild et le trimaran MACIF à certaines allures. Cela est lié au fait qu’il n’a pas de plan porteur sur la dérive, mais c’est un choix assumé. Je me souviens avoir entendu Thomas dire, il y a deux ans, qu’il avait conçu ce bateau pour le tour du monde en solitaire prévu, initialement, à la fin de cette année et que dans cette optique, il ne voulait pas avoir trop d’artifices, estimant que la fiabilité était primordiale. Pour l’instant, ça lui donne raison, puisqu’il va prendre la tête.

Parlons de la suite du programme : comment se présente la route vers Le Cap dans l’Atlantique Sud ?

Compliquée ! Pour l’instant, la route est bloquée par l’anticyclone de Sainte-Hélène qui est très Sud. S’engager au sud, comme on le fait traditionnellement, paraît difficile, tu te retrouves bloqué à la fois par l’anticyclone et par la limite des glaces qui est assez nord. L’option semble donc de passer au nord de l’anticyclone avec du près pendant un bout de temps. Pour l’instant, cette étape du sud entre Rio et Le Cap, s’annonce avec du vent de face.

Et le près, ce n’est pas très agréable…

Pas forcément. Aujourd’hui, sur ces bateaux en mode vol, tu peux avancer à 28-30 nœuds au près au large. Ils sont montés sur amortisseur, donc niveau confort, ça n’est pas si désagréable, ça navigue très à plat. Ça sera en revanche moins confortable pour Actual Leader qui ne vole pas comme les autres. Sinon, l’inconvénient du près, c’est que ça sollicite un peu plus le bateau.

13 Novembre – Le trimaran MACIF proche de Rio, coup de frein à l’arrière

Les grandes manœuvres se préparent pour l’équipe MACIF du côté de la Marina de Gloria, site des épreuves de voile des Jeux Olympiques de Rio 2016, où le trimaran mené par François Gabart et Gwénolé Gahinet, handicapé depuis le Cap Vert par la casse de son safran de coque centrale, doit arriver aux alentours de 19-20h (heure française). A 16h, il avait franchi le Cabo Frio et progressait à coups d’empannages vers Rio, avec un vent d’est dans le dos de 18 nœuds. L’escale va permettre à l’équipe technique de remplacer le safran de coque centrale abîmé dans un choc avec un OFNI par celui qui avait pu être récupéré par le Team Banque Populaire l’an dernier après la rupture du bras avant ayant entraîné le chavirage, sur la Route du Rhum, de Banque Populaire IX mené par Armel Le Cléac’h.

Cet arrêt va profiter à Sodebo Ultim 3 qui, pointé à 100 milles de MACIF à 16h, va sans doute s’emparer pour la première fois depuis le départ de Brest des commandes de « Brest Atlantiques ». Thomas Coville et Jean-Luc Nélias sont attendus au passage des îles Cagarras, situées à 2.5 milles au large de la mythique plage d’Ipanema, environ cinq heures après MACIF, soit vers minuit. Et d’après Christian Dumard, consultant météo pour la direction de course, Sodebo Ultim 3 a de bonnes chances de prendre la poudre d’escampette une fois la marque passée : « Ils vont repartir à l’avant d’une dépression dans un vent soutenu autour de 25 nœuds mais au reaching, des conditions idéales pour aller vite, alors que pour ceux qui passent plus tard aux Cagarras, le vent sera à la fois plus fort, 28-30 nœuds, et plus de face. »

Une situation qui ne va pas forcément faire les affaires du Maxi Edmond de Rothschild, à bord duquel, depuis le départ de Salvador de Bahia mardi à 22h58, Franck Cammas et Charles Caudrelier vivent des moments pénibles, en témoigne leur moyenne de … 2,6 nœuds sur quatre heures entre les classements de 12h et 16h ! « Une dépression remonte de l’Afrique du Sud, avec dans son nord un front qui va jusqu’au Brésil et leur barre la route, ils sont en train de passer dedans, avec très peu de vent le long des côtes brésiliennes. Comme ils sont repartis de Salvador, ils n’ont pas pu se recaler vers l’est et ont beaucoup moins de vent qu’Actual Leader plus au large », ajoute Christian Dumard. Yves Le Blevec et Alex Pella, qui, entre 12h et 16h, avançaient à 14,2 nœuds, vont sans doute en profiter pour s’emparer de la troisième place.

Bref, les cartes de « Brest Atlantiques » sont totalement redistribuées à l’approche de la première marque de passage, et ce n’est sans doute pas fini à en croire Christian Dumard : « De l’autre côté de l’Atlantique Sud, Sodebo risque de buter dans l’anticyclone, ça pourrait alors revenir par derrière, d’autant que l’anticyclone de Sainte-Hélène va avoir tendance à remonter, ce qui pourrait ouvrir une petite porte pour passer dans son sud. » A suivre…

14 Novembre – La course est totalement relancée !

Après le trimaran MACIF, mercredi à 19h04, puis Sodebo Ultim 3, à 23h23, le Maxi Edmond de Rothschild est le troisième trimaran à avoir enroulé ce mercredi la marque virtuelle de Rio, passé à 13h16 (heure française) entre l’archipel des Cagarras et la plage d’Ipanema. Franck Cammas et Charles Caudrelier comptaient alors 13 heures et 53 minutes de retard sur Sodebo Ultim 3 qui, suite à l’arrêt de MACIF à Rio pour le remplacement du safran de coque centrale, avait pris les commandes de la flotte dans la nuit.

Mais au moment où le Maxi Edmond de Rothschild mettait le cap au sud-est, Sodebo Ultim 3, qui possédait alors 200 milles d’avance sur lui, faisait subitement demi-tour. « Au vu des conditions météo actuelles sur zone, Thomas Coville et Jean-Luc Nélias ont décidé de temporiser. Ils étudient avec la cellule routage à terre la meilleure route à prendre pour rallier Cape Town dans le meilleur compromis sécurité/performance », expliquait leur équipe. Prévenu par Thomas Coville, le directeur de course Jacques Caraës ajoute : « Ils ont estimé que les conditions étaient trop rudes pour continuer sur cet axe sud-est, Thomas a préféré rebrousser chemin pour préserver son bateau, il va faire le dos rond avant de repartir ».

Les conditions en question ? « L’option qui se dessinait était de descendre à l’avant d’une dépression qui se dirigeait vers le sud-est, mais cela nécessitait de tenir des moyennes élevées face à une mer formée, sinon tu finissais par te retrouver bloqué au près entre la dépression et la limite des glaces. Ils ont sans doute décidé de ne pas prendre le risque pour le bateau », explique Christian Dumard, consultant météo pour la direction de course.

« Brest Atlantiques » est donc totalement relancée, puisque les routes du Maxi Edmond de Rothschild et de Sodebo Ultim 3 convergent, tandis qu’Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella), qui approche ce mercredi après-midi de la marque des Cagarras, devrait croiser le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet). Ce dernier, après son arrêt mercredi soir dans la Marina de Gloria, en est en effet reparti peu avant 16h et est revenu en course à 17h10, après 21 heures et 26 minutes d’interruption.

15 Novembre – La flotte fait le dos rond

La deuxième vacation hebdomadaire de « Brest Atlantiques », organisée ce vendredi depuis la Maison de la Bretagne, au pied de la tour Montparnasse, en a dit long sur les conditions difficiles rencontrées depuis jeudi après-midi par les quatre trimarans de la Classe Ultim 32/23. Si François Gabart, bien calé dans le fauteuil de son trimaran MACIF, avait le sourire et la voix enjouée tout en évoquant un « shaker » pour décrire ce qu’il vivait dans une mer formée de face, Franck Cammas (Maxi Edmond de Rothschild), Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) et Yves Le Blevec (Actual Leader) avaient les traits plus tirés, les deux derniers s’interrompant même quelques angoissantes secondes pendant la conversation, en attendant que leur bateau retombe d’une vague plus haute que les autres.

« Ce sont les pires conditions depuis le départ et pas loin des pires que j’aie rencontrées en multicoque, a confié Yves Le Blevec, qui en a pourtant vu d’autres. A chaque vague, on a l’impression que le bateau va se démolir, ce n’est vraiment pas drôle. On a une petite trentaine de nœuds de vent, mais ce qui est gênant, c’est qu’on a les vagues de face et que la mer est complètement désordonnée, on se fait secouer, on est obligés de se tenir en permanence. » Même son de cloche chez Franck Cammas : « On a actuellement 25-28 nœuds de vent et une mer de face, ce n’est pas très confortable, ça bouge beaucoup, on a du mal à se tenir debout. » Reste que l’Aixois se félicite que, après l’arrêt forcé en milieu de semaine à Salvador de Bahia pour la réparation de la dérive, le Maxi Edmond de Rothschild soit de nouveau aux commandes de la course : « On ne s’attendait pas à reprendre la tête maintenant, c’est aussi lié aux circonstances de nos petits camarades, mais c’est plutôt sympa, c’est un nouveau départ pour la course. »

Un nouveau départ dû à l’escale technique du trimaran MACIF à Rio (remplacement de safran de coque centrale) et au demi-tour effectué jeudi par Sodebo Ultim 3, que Thomas Coville a pris le temps d’expliquer : « Quand on est arrivés à Rio, on n’avait pas trop d’autre choix que de partir sur cette route sud qui tentait de passer sous la grosse dépression que nous sommes en train de contourner. Après une petite sieste, Jean-Luc (Nélias) me dit : « Thomas, on ne va pas aussi vite que prévu, la dépression nous rattrape et on va se retrouver coincés au près dans 45-50 nœuds. » Donc c’est la mort dans l’âme qu’on a décidé de virer de bord. Pour le moral, ce n’était pas terrible, parce qu’on s’était défoncés pour finalement perdre les quelques centaines de milles qu’on avait construites. J’étais vraiment désabusé, parce que si on réussissait à passer sous cette dépression, on doublait la mise et on se retrouvait avec une très confortable avance, on changeait de système avant les autres. C’est difficile à accepter de perdre autant d’avance. »

Reste que la route vers Le Cap est encore longue et que les prévisions à venir promettent un éventuel regroupement général de l’autre côté de l’Atlantique, au Cap, comme l’a expliqué François Gabart, deuxième à 16h à 47 milles du duo Franck Cammas/Charles Caudrelier : « On se retrouve à traverser dans des conditions pas simples, d’abord face à la mer et au près pendant quasiment les deux tiers du parcours jusqu’à Gough Island, ensuite dans l’anticyclone où il y aura très peu de vent, on n’ira pas très vite. C’est dommage, parce que j’imaginais plutôt ce parcours Rio-Le Cap pleine balle sur de la mer plate, j’en ai rêvé ces derniers mois. Malheureusement, ce ne sera pas pour cette fois, il faudra revenir. » Trop de vent d’abord, pas assez ensuite, ce second tronçon ne restera sans doute pas le meilleur souvenir  de « Brest Atlantiques » pour les huit marins et les quatre media men…

16 Novembre – Du près, encore du près

Le plus dur, dans cette deuxième partie de parcours de « Brest Atlantiques », est sans doute passé pour la flotte qui sort de 24 heures au près particulièrement pénibles dans du vent fort de 25-30 nœuds avec rafales à 40 et surtout une mer hachée de face, très sollicitante pour les hommes et les bateaux. Les images envoyées par les media men, qui ont bien du mérite dans ces conditions de réussir à tourner et monter, en attestent : les chocs sont parfois très violents quand les trimarans retombent d’une vague plus haute que les autres, les marins sont obligés de bien se tenir en permanence pour ne pas voler dans le cockpit ou de bien se caler dans leurs bannettes lorsqu’ils tentent de dormir.

Malgré cela, les moyennes restent élevées et particulièrement pour le leader, le Maxi Edmond de Rothschild qui, dans des conditions de mer jusqu’à 3 mètres, est capable de s’affranchir des vagues et de littéralement voler au-dessus. Flashés à plus de 30 nœuds entre les classements de 4h et 8h ce samedi, Franck Cammas et Charles Caudrelier ont légèrement « freiné » entre midi et 16h (28 nœuds), ce qui a permis, derrière eux, au trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet) et à Sodebo Ultim 3 (Thomas Coville/Jean-Luc Nélias) de stabiliser l’écart (107 et 215 milles à 16h), tandis que derrière, Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella), à 489 milles, s’accroche (plus de 24 nœuds de moyenne sur les quatre dernières heures), conscient de la nécessité d’aller vite pour rester dans le même système météo que les autres.

« Ils ont un peu la pression parce qu’ils sont en bordure du front, à 35 milles de la bascule de vent, il faut qu’ils arrivent à rester avec la dépression qui descend dans le sud-est, mais pour l’instant, maintiennent le rythme. Le risque pour eux, c’est de passer du mauvais côté de la dépression, et dans ce cas, leur retard à Cape Town pourrait passer d’une quinzaine d’heures à au moins deux jours » –Christian Dumard, le consultant météo de la direction de course. 

D’après les routages, les premiers pourraient atteindre cette île dans la nuit de dimanche à lundi, puis Le Cap, deuxième et dernière marque de passage de « Brest Atlantiques », mercredi matin.

17 Novembre – Gough Island dans le viseur

Si la mer s’est un peu assagie ce dimanche par rapport à vendredi et samedi, les messages envoyés ce jour par les media men, qui ont pu enfin taper des mots sur le clavier de leurs ordinateurs, témoignent de la rudesse des conditions que les quatre trimarans de « Brest Atlantiques » ont endurées pendant 48 heures. « Voilà quelques jours que le simple fait de se pencher sur un clavier pour vous écrire ces quelques lignes paraissait inenvisageable. L’unique challenge de rester accoudé face à un ordinateur alors que le bateau essaie de battre le record de saut en hauteur au milieu de l’Atlantique Sud était physiquement impossible à réaliser pour moi », explique ainsi Martin Keruzoré, sur Sodebo Ultim 3.

Son de cloche similaire pour Yann Riou, le media man du Maxi Edmond de Rothschild : « Ce soir, on devrait arriver à la porte des glaces. Ça ne sonne pas très engageant dit comme ça… Pourtant, ça signifie aussi qu’on en aura fini avec ce fichu bord de reaching ! Trois jours qu’on progresse face à la mer dans du vent soutenu. Alors oui, c’est devenu un peu moins pénible qu’en quittant Rio, mais il n’empêche, c’est compliqué. C’est compliqué de trouver le bon compromis pour aller vite sans risquer d’abîmer le bateau. C’est compliqué de trouver le sommeil entre deux sauts de vagues. Et c’est compliqué d’écrire ce message avec un clavier qui a du mal à bien vouloir rester campé sur mes genoux. Donc oui, on aura peut-être un peu froid, mais on est plutôt contents d’y arriver, dans ces fameux quarantièmes… »

Effectivement, c’est au cours de la nuit prochaine que le Maxi Edmond de Rothschild, après avoir laissé en fin de journée les îles Tristan da Cunha à bâbord, est attendu au niveau de Gough Island, île située en plein milieu de l’Atlantique Sud, à la limite nord de la zone d’exclusion des glaces (« ZEG »), dans laquelle les trimarans ont interdiction de pénétrer. Ralentis la nuit dernière dans une zone moins ventée, Franck Cammas et Charles Caudrelier ont depuis profité d’une mer moins « casse-bateau » pour allonger la foulée, flashés à 33.4 nœuds de moyenne entre les classements de 12h et 16h ! Ce qui leur a permis de retendre l’élastique avec leurs poursuivants, le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet) étant pointé à 16h à 103 milles (contre 51 huit heures plus tôt), Sodebo Ultim 3 à 223, Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella) à 340, dont la bâche aéro située derrière la poutre avant s’est déchirée dans une vague.

Arrivés à Gough Island, qu’ils laisseront à tribord, les bateaux de tête vont alors se glisser sous un anticyclone dans du vent d’ouest qui va les obliger à multiplier les empannages le long de la « ZEG », tandis que derrière eux, Actual Leader devrait bénéficier d’une remontée progressive de cet anticyclone pour faire une route plus directe vers Le Cap, où les quatre trimarans sont attendus en une quinzaine d’heures à partir de la nuit de mercredi à jeudi. 

18 Novembre – Empannages le long de la « ZEG »

En tête de « Brest Atlantiques » depuis que la course a été complètement relancée au passage de Rio, le Maxi Edmond de Rothschild (Franck Cammas/Charles Caudrelier), après 24 heures entre dimanche et lundi matins à très haute vitesse, a été ralenti alors qu’il évolue désormais dans les quarantièmes. La faute à un anticyclone positionné très sud, sous lequel il est en train de passer dans un vent assez faible (10-15 nœuds) et surtout d’ouest, ce qui l’oblige à progresser vers l’est en empannant. Et comme la zone d’exclusion des glaces, dans laquelle il ne peut pas pénétrer, l’empêche de plonger plein sud pour trouver du vent plus fort, sa marge de manœuvre s’en retrouve forcément limitée.

Cette situation va permettre au poursuivant immédiat du Maxi Edmond de Rothschild, le trimaran MACIF, passé lundi à 8h30 à la longitude de Gough Island, soit 6h45 après lui, de grappiller quelques milles dans les heures qui viennent, même si François Gabart et Gwénolé Gahinet devraient à leur tour être ralentis par cet anticyclone. Derrière, Sodebo Ultim 3 a dû ralentir depuis qu’il a été victime la nuit dernière à 0h30 d’un choc avec un objet flottant non-identifié qui a provoqué la casse du safran tribord, handicapante d’autant que le trimaran navigue bâbord amure (vent venant de la gauche du bateau). Reste que si Thomas Coville et Jean-Luc Nélias perdent logiquement du terrain par rapport à leurs concurrents, ils arrivent à maintenir des vitesses de 20-25 nœuds, preuve que l’état de la mer s’est nettement amélioré depuis la nuit dernière, rendant le bateau, même amoindri, assez manoeuvrant.

Sodebo Ultim 3 est attendu à la longitude de Gough Island vers 19-20h, heure française, suivi de très près par Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella), les deux bateaux, séparés de 30 milles au classement de 16h, devraient ensuite bénéficier d’une remontée vers le nord de l’anticyclone qui freine actuellement leurs deux rivaux en tête de course pour « tirer plus droit » vers Le Cap. Le Cap, deuxième et dernière marque de parcours de « Brest Atlantiques », où le Maxi Edmond de Rothschild est, d’après les derniers routages, attendu mercredi en soirée.

19 Novembre – Resserrement général avant Le Cap !

Les grands sourires sont de sortie sur Actual Leader ! Si Yves Le Blevec et Alex Pella ont énormément souffert après Rio lorsqu’il leur a fallu affronter pendant trois jours des conditions dantesques (vent fort, mer hachée de face) qui ont énormément sollicité leur trimaran, moins aérien que les autres, la seconde partie de l’Atlantique Sud leur est nettement plus favorable, puisqu’à chaque classement, ils réduisent leur retard sur la tête de la flotte.

La raison de ce resserrement ? Arrivé le premier au niveau de la zone d’exclusion des glaces, le Maxi Edmond de Rothschild (Franck Cammas/Charles Caudrelier) s’est retrouvé coincé sous l’anticyclone de Sainte-Hélène, positionné particulièrement bas, ce qui l’a obligé à louvoyer, vent dans le dos, dans du vent assez faible. Ce mardi après-midi, les deux skippers en étaient à leur cinquième empannage, sans doute l’avant-dernier, tandis que derrière eux, le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet), deuxième à 135 milles, en aura fait deux, Actual Leader et Sodebo Ultim 3 (Thomas Coville/Jean-Luc Nélias), grâce à la progressive remontée de l’anticyclone vers le nord, ayant tiré tout droit, sans empanner !

Yves Le Blevec et Alex Pella, qui profitent des conditions actuelles (vent aux trois-quarts arrière, mer relativement plate) pour battre leurs records de vitesse depuis le départ de Brest (31,25 nœuds entre 8h et 16h), ont en outre bénéficié du ralentissement forcé de Sodebo Ultim 3, suite à la casse du safran tribord, pour s’emparer de la troisième place. Ce qui faisait dire à Yves Le Blevec mardi matin : « Évidement, ce serait mentir de dire que cette place gagnée au classement ne représente pas une satisfaction pour l’équipage d’Actual Leader. C’est plutôt la satisfaction d’avoir tenu le rythme de la course et d’être suffisamment proche de nos concurrents pour profiter de la moindre opportunité, c’est cette stratégie que nous suivons depuis le début avec Alex. »

Effectivement, les deux skippers ont dû batailler au début de la traversée Rio-Le Cap en forçant parfois sur leur bateau pour rester dans le même système que leurs concurrents plus rapides, leur ténacité s’en trouve récompensée. Reste que le skipper de La Trinité-sur-Mer parle de « satisfaction prudente et mesurée », ajoutant : « La course est encore longue, le jeu est incroyablement ouvert et il peut se passer tellement de choses jusqu’à l’arrivée que tout triomphalisme serait vain et déplacé. »

Son de cloche similaire chez François Gabart, lors d’une vacation organisée ce mardi pour des salariés de la Macif à Niort : « La situation nous a été plutôt favorable par rapport au Maxi Edmond de Rothschild, on n’a pas dit notre dernier mot, mais il reste beaucoup à faire. C’est en tout cas un scénario super serré, Actual Leader est à 200 milles derrière nous, autant dire rien du tout, c’est plutôt une agréable surprise après 15 jours de mer. »

Le programme des 24 heures qui viennent ? Filer à vive allure vers Le Cap, où le Maxi Edmond de Rothschild est attendu le premier mercredi soir et où Thomas Coville et Jean-Luc Nélias s’arrêteront pour établir un diagnostic plus précis des dégâts occasionnés par la casse de leur safran tribord, puis enrouler Robben Island, île où fut emprisonné pendant presque 18 ans Nelson Mandela, qu’ils devront laisser à bâbord avant d’attaquer la route retour vers la Bretagne… 

20 Novembre – Le Cap, les voilà !

Avec 216 milles d’écart seulement entre le premier, le Maxi Edmond de Rothschild, et le quatrième, Sodebo Ultim 3, ce mercredi à 16h, après plus de 8000 milles parcourus, la course propose effectivement un scénario que bien peu imaginaient au départ de Brest le 5 novembre, persuadés que des écarts importants sépareraient les uns et les autres au Cap, deuxième et dernière marque de parcours.

Finalement, c’est en une poignée d’heures que se compteront les écarts au pied de Table Mountain où le leader, le Maxi Edmond de Rothschild, mené par Franck Cammas et Charles Caudrelier, est attendu mercredi aux alentours de 20h. Interrogé par son media man Yann Riou mercredi matin, Franck Cammas évoquait cette approche du Cap : « Comme on arrive par le sud, on va longer les côtes jusqu’à Table Mountain, ce sont des paysages assez fantastiques, j’espère qu’on pourra en profiter, c’est toujours sympa de profiter de ça dans ces courses où on ne voit pas beaucoup la terre. En plus, Le Cap est un endroit que tout le monde aime bien, c’est notre cas avec Charles, on s’y était arrêtés sur la Volvo Ocean Race. Là, on espère ne pas s’y arrêter, on aura ensuite un passage en début de nuit à Robben Island, avant de faire route vers le nord et de trouver des latitudes un peu plus clémentes. »

Deuxième de « Brest Atlantiques », le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet), pointé à 16h à 90 milles du leader, devrait à son tour longer Le Cap vers Robben Island, 3-4 heures plus tard, soit vers minuit, suivi en milieu de nuit par Yves Le Blevec/Alex Pella (Actual Leader) qui, pour rester au contact des bateaux de tête à ce stade de la course, ont certes profité des avaries de leurs concurrents – la fiabilité de leur bateau était cependant un des atouts revendiqués par les skippers au départ de Brest – mais ont aussi su mener leur trimaran comme il le fallait, ne lâchant jamais mentalement, même quand ils ont compté plus de 500 milles de retard sur les premiers.

Quant à Thomas Coville et Jean-Luc Nélias, ils devraient arriver jeudi matin au Cap, ils ont prévu de mettre leur course entre parenthèses à 1 mille à l’ouest de l’entrée du port sud-africain, leur équipe technique pourra alors monter sur Sodebo Ultim 3 puis, une fois à quai, se pencher sur le flotteur arrière, évaluer les dégâts et les éventuelles réparations à faire, comme l’a expliqué mercredi Thomas Covlile dans une vidéo envoyée par son media man, Martin Keruzoré : « On fera le point au Cap sur l’état du bateau. En dehors du fait que nous ayons perdu un morceau de flotteur, ça reste un bateau intègre et en super état, nous avions fait en sorte que ce soit le cas pour attaquer la deuxième partie du parcours longue et compliquée. Là, on va faire un check pour voir si tout est viable. Ensuite, on envisagera un départ ou pas du Cap, il faut bien peser le pour et le contre, bien étudier les conditions dans lesquelles on repartirait ».

21 Novembre – Le Cap en mode Ultim

Il aura donc fallu 15 jours 9 heures et 16 minutes de mer au Maxi Edmond de Rothschild, après 9161 milles parcourus, à 24.8 nœuds de moyenne réelle, pour franchir le premier, mercredi à 20h16 la marque de Robben Island, au large du Cap. Un passage de nuit pour Franck Cammas et Charles Caudrelier qui ont tout de même apprécié le coucher du soleil sur Table Mountain, les odeurs de la terre, et surtout le fait de ne pas être trop arrêtés en baie du Cap, comme l’a confié le premier : « On est passés de 30 nœuds de vent à zéro en même pas une minute, on se demandait quand on allait s’en sortir. Finalement, on a eu un vent qui est revenu de l’autre côté et on a pu se dégager. Je pense qu’on peut rester « tanké » des heures et des heures dans la baie du Cap, donc on est contents d’en être sortis. Maintenant, le prochain point de passage, c’est Brest. »

Un peu moins de huit heures plus tard, le trimaran MACIF est à son tour arrivé au Cap, suspendant sa course à 3h55 pour une escale technique, à la cape devant le port sud-africain, qui aura duré 6 heures et 25 minutes. Revenus en course à 10h20, François Gabart et Gwénolé Gahinet ont franchi 24 minutes plus tard Robben Island à la troisième place, 14 heures et 28 minutes après le Maxi Edmond de Rothschild, et 3 heures et 10 minutes après Actual Leader, passé en deuxième position, sa meilleure place depuis le départ de Brest le 5 novembre (Yves Le Blevec et Alex Pella ont parcouru 390 milles de moins que Franck Cammas et Charles Caudrelier sur le tronçon Rio-Le Cap).

Dans une vidéo envoyée par le media man du trimaran MACIF Jérémie Eloy, François Gabart est revenu sur cette deuxième escale technique, après celle de Rio : « On avait pas mal de petits problèmes qui rendaient le bateau compliqué à manœuvrer, on a profité du fait qu’on passait près de la côte pour faire une petite escale. On est arrivés pile au lever du jour sur Le Cap, le coin est quand même magnifique, cette montagne (Table Mountain) a un certain charisme, mais on n’a pas trop eu le temps de faire de la contemplation, on était plus dans la concentration pour essayer d’enchaîner. La bonne nouvelle, c’est qu’on repart avec un bateau qui va bien. » Et le vainqueur du Vendée Globe 2012 d’ajouter, à propos de la suite du programme : « On a deux bateaux à croquer devant nous, un qui n’est pas très loin, l’autre qui est un peu plus loin. On a vu Actual et Sodebo au Cap, on va essayer d’aller voir Gitana, il va falloir se défoncer pour aller les chercher, mais on est là pour ça, on a envie de jouer jusqu’au bout. »

Ce qui est certainement aussi le cas de Thomas Coville et Jean-Luc Nélias qui, au moment où le trimaran MACIF reprenait la mer, interrompaient à leur tour leur course, à 10h30, avant d’aller amarrer Sodebo Ultim 3 au pied d’un quai situé dans Alfred Basin, dans le port du Cap. Interrogé à son arrivée sur la terre ferme, Thomas Coville a expliqué : « Nous avons croisé MACIF en arrivant, puis nous sommes rentrés dans le centre du Cap pour vérifier le bateau et savoir si, suite aux trois chocs qu’on a eus sur nos trois safrans différents, l’intégrité du bateau était confirmée pour la suite du parcours. On en saura plus ce soir et on prendra une décision plus tard. »

22 Novembre – Abandon pour Sodebo Ultim 3, la régate bat son plein

Au lendemain de leur arrêt au Cap, Thomas Coville et Jean-Luc Nélias, en accord avec leur partenaire Sodebo, ont annoncé ce vendredi leur décision d’abandonner sur « Brest Atlantiques ». Sodebo Ultim 3 avait été victime d’un choc violent avec un objet flottant non-identifié peu avant d’arriver dans les quarantièmes, provoquant la casse du safran tribord. Ce dernier avait alors, à son tour, abîmé l’arrière du flotteur, qui a fini par céder, conduisant les deux skippers, et le media man martin Keruzoré, à faire escale au Cap, où les a rejoints une partie de l’équipe technique du Team Sodebo, qui a passé le trimaran au peigne fin.

La suite, c’est Thomas Coville qui la raconte dans le communiqué envoyé par Sodebo : « Avant de reprendre la longue remontée pour terminer « Brest Atlantiques », on voulait s’assurer que le bateau était intègre. En investiguant plus profondément, on a découvert que le foil tribord avait aussi été impacté. Cela nous empêche de continuer en toute sécurité, dans les performances dignes de « Brest Atlantiques » et de ce que nous avions fait jusqu’à présent. La course est partie fort, dans des conditions très musclées pour un bateau neuf et nous avons réussi à faire toute la descente au corps à corps avec les meilleurs. A Rio, après les escales de MACIF et du Maxi Edmond de Rothschild, nous passons en tête. Toute la course se déroule bien, jusqu’à ce choc violent qui nous a handicapés. Sur une première année et sur une première course, on a beaucoup appris. C’était une course à forts rebondissements, mais elle a mérité d’être une grande course. C’est une grande frustration de devoir abandonner. Nous allons ramener le bateau en équipage pour des raisons de sécurité et pour que le programme continue. On est en train de construire quelque chose de grand avec ces bateaux et ce n’est que le début. Bon vent à tous ceux qui continuent. »

Ils sont en effet trois à poursuivre après 17 jours de mer, avec une régate qui bat son plein le long du désert namibien, que le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet) et Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella), qui ont passé une bonne partie de la journée à se voir, ont frôlé, à la plus grande joie des marins : « On vient de se faire un bord magique devant les plages de Namibie, c’est incroyable, on est dans des endroits où personne ne vient jamais », a ainsi raconté Yves Le Blevec à la vacation hebdomadaire organisée depuis la Maison de la Bretagne, au pied de la Tour Montparnasse, tandis que François Gabart était dans le même état contemplatif : « C’est assez impressionnant, c’est un coin qu’on ne connaît pas très bien, on se retrouve à longer les cailloux à moins d’un mille, c’est d’une beauté extraordinaire, avec des dunes de sable qui partent dans les montagnes. Il n’y a pas beaucoup de personnes sur la plage, c’est le désert, par contre, il y a des baleines et du monde dans l’eau. »

En tête de la flotte, le Maxi Edmond de Rothschild comptait ce vendredi à 16h, 298 et 301 milles d’avance sur le trimaran MACIF et Actual Leader, un matelas intéressant, même si l’incertitude de la météo dans les jours à venir ne garantit rien au duo Franck Cammas/Charles Caudrelier, comme l’a confié ce dernier à la vacation : « Il y a une zone sans vent le long des côtes africaines qui forme un triangle et dont la pointe est vers l’ouest. En général, on essaie de passer à la pointe, mais ça veut dire rallonger la distance énormément, c’est tout le dilemme. Et l’attaque la plus sévère que peuvent porter à un moment nos camarades, c’est de se dire qu’on a été trop loin et du coup de couper. Et si on va trop loin dans l’ouest, ces 300 milles d’avance, on peut les perdre. Pour l’instant, je pense que tout le monde va avoir à peu près la même stratégie vers l’ouest, parce qu’il n’y a pas du tout de vent dans l’est, mais toute la question est de savoir jusqu’où aller. C’est la grande question et je n’ai pas la réponse. » Nous non plus…

23 Novembre – Troisième traversée stratégique

La flotte de « Brest Atlantiques » en a terminé avec sa route le long des côtes africaines. Les trois trimarans ont mis le cap à l’ouest pour contourner, par le nord, l’anticyclone de Sainte-Hélène qui s’étale sur quasiment toute la largeur de l’Atlantique Sud entre Rio et Le Cap. Ils pourront, ainsi, récupérer un alizé de sud-est afin de progresser vers l’équateur et le Pot-au-noir.

Un alizé pas très établi, comme l’a confirmé Franck Cammas, à bord du leader, le Maxi Edmond de Rothschild, dans une vidéo envoyée par le media man Yann Riou : « C’est impressionnant comment c’est instable ». L’Aixois venait au passage d’apprendre l’abandon de Thomas Coville et Jean-Luc Nélias, commentant : « C’est sans doute la bonne décision pour eux, c’est la première course du bateau, ce n’est pas simple, bon courage à eux. Ce n’est jamais une bonne nouvelle et jamais des bons moments pour une équipe de ramener le bateau hors course, ça ne doit pas être de gaîté ce cœur qu’ils le font. »

Pour Franck Cammas et Charles Caudrelier, cette troisième traversée de l’Atlantique depuis le départ de Brest le 5 novembre n’est pas simple non plus, comme en témoignent les deux empannages qu’ils ont calés à la mi-journée de samedi, sans doute pour ne pas se brûler les ailes trop près de l’anticyclone. Et elle n’est pas moins compliquée pour leurs poursuivants, pointés à un peu pus de 300 milles, qui ont à prendre une décision stratégique dans les heures qui viennent.

Celle-ci est résumée par Yves Le Blevec, qui, avec Alex Pella sur Actual Leaser, a repris la deuxième place au trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet), moins rapide de 3 nœuds entre les classements de 12h et de 16h : « D’un côté, on a une route plus sud, qui impose de faire du près dans un front, elle est un peu compliquée avec une mer croisée, mais globalement plus rapide, de l’autre deux routes nord assez rapides mais avec une zone où il n’y a pas beaucoup de vent, il faudra décider d’aller à droite ou à gauche dans quelques heures. »

Visiblement, le skipper de La Trinité-sur-Mer a choisi, puisqu’il ajoute : « Je ne pense pas qu’on prenne l’option dure, parce que notre objectif principal depuis le premier jour de la course et jusqu’au dernier est de terminer avec un bateau en bon état, donc si on peut éviter d’avoir des conditions compliquées qui nous imposent de maltraiter le bateau, ce qu’on a déjà suffisamment fait et ce qu’on fera probablement dans l’hémisphère Nord, on l’évite, même si ça doit nous coûter en théorique quelques heures de plus. » On devrait y voir plus clair dimanche matin.

24 Novembre – Tricotage atlantique

Depuis que Franck Cammas et Charles Caudrelier ont franchi la marque de parcours de Robben Island, au large du Cap, mercredi dernier, on ne peut pas dire qu’ils se soient épargnés : douze empannages le long des côtes africaines pour contourner, par l’est, l’anticyclone de Sainte-Hélène, huit de plus dans son nord pour effectuer ce que les météorologues appellent une « aile de mouette » et aller récupérer l’alizé de l’hémisphère Sud, les deux skippers du Maxi Edmond de Rothschild doivent désormais parfaitement maîtriser cette manœuvre qui consiste à passer d’un bord à l’autre lorsque le vent vient de l’arrière du bateau.

Et ce n’est sans doute pas fini, d’autant que l’alizé est particulièrement instable, surtout en direction, au milieu de l’Atlantique Sud, même si depuis la nuit dernière, le Maxi Edmond de Rothschild suit désormais une trajectoire rectiligne proche de la route directe, cap au nord-ouest, et qu’il a retrouvé des vitesses conformes à son potentiel, soit 30.6 nœuds entre les classements dominicaux de 12h et 16h. Les magnifiques images de drone tournées par le media man Yann Riou en attestent : le trimaran dessiné par Guillaume Verdier (avec le bureau d’études du Gitana Team) est repassé en mode volant !

Conséquence attendue : l’avance des leaders se creuse de nouveau sur leurs poursuivants, Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella) et le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet) étant pointés à 16h à respectivement 188 et 253 milles du Maxi Edmond de Rothschild. A bord des trois bateaux, l’heure est désormais à la réflexion stratégique pour trouver la meilleure route possible jusqu’à l’équateur puis à un point d’entrée du Pot-au-noir qui paraît beaucoup plus à l’est dans le sens de la montée qu’il ne l’était dans celui de la descente.« Ils ne sont pas forcément obligés de faire le grand tour par l’ouest, il y a une route possible près du Cap Vert, donc un passage de Pot-au-Noir très à l’est », confirme le consultant météo de la direction de course, Christian Dumard.  

25 Novembre – Le trimaran MACIF « met du jeu et du suspense »

La cogitation est à son maximum à bord des trois trimarans de « Brest Atlantiques » qui poursuivent leur remontée de l’Atlantique Sud, mais également dans les têtes de leurs routeurs respectifs, Marcel Van Triest pour le Maxi Edmond de Rothschild, Christian Dumard pour Actual Leader et Jean-Yves Bernot pour le trimaran MACIF. Un trimaran MACIF à bord duquel François Gabart et Gwénolé Gahinet ont en effet choisi depuis dimanche de se démarquer de leurs petits camarades de jeu en suivant une trajectoire plein ouest, à 90 degrés de la route directe qui, si elle ne se traduit pour l’instant pas au classement (650 milles de retard sur le premier, le Maxi Edmond de Rothschild), pourrait à terme s’avérer payante.

Dans une vidéo envoyée par Jérémie Eloy, le media man du bord, les deux skippers ont expliqué leur choix : « Deux options se sont dessinées : une qu’ont prise nos deux concurrents, qui est de partir quasiment plein nord au portant dans du vent assez faible, et une deuxième qui est de traverser une dorsale dans le prolongement de l’anticyclone pour aller chercher un front, à savoir une zone de vent un peu plus fort. L’idée est de traverser ce front et de gagner dans l’ouest pour récupérer ensuite l’alizé avec un meilleur angle. »

François Gabart et Gwénolé Gahinet ont donc fait le choix de cette seconde option qui, pour le premier, présente des avantages : « C’est une trajectoire qui paraît plus rapide, un peu plus compliquée aussi, avec pas mal de manœuvres, des changements de voiles, trois transitions dans du vent faible à gérer. Mais qui ne tente rien n’a rien, et sur le papier, ça paraît être meilleur. Depuis le départ de Brest, on a rarement eu de grosses options stratégiques très différentes, ça a toujours été un peu fermé, c’est la première fois qu’on change vraiment de philosophie et qu’on se place différemment par rapport à un système météo. C’est intéressant, ça met du jeu et un peu plus de suspense. »

A bord du Maxi Edmond de Rothschild, qui possède, à 16h, 245 milles d’avance sur Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella), lancé dans un contre-bord à l’ouest, on suit de près la route suivie par le trimaran MACIF, comme l’a confirmé Franck Cammas au media man Yann Riou : « On a vu MACIF gyber (empanner) et aller dans le sud-ouest. Visiblement, il prend une option complètement différente de celle que tout le monde avait l’air de suivre depuis quelques jours, en tout cas de celle que nous prenons et que prend Actual, parce qu’il y a un front à 1000 milles de notre zone qui est en train de pousser, avec derrière du vent de sud-ouest. Un des modèles donne effectivement cette route optimum, à savoir passer à travers ce front et faire un arrondi de l’autre côté. Ça ne va pas être une route très simple, il va y avoir du travail pour eux. »

Et l’Aixois d’ajouter, à propos d’un éventuel infléchissement de la trajectoire du Maxi Edmond de Rothschild liée à l’option de MACIF : « Ça ne change rien pour nous, on n’est pas aux mêmes endroits, pas aux mêmes moments ; notre route optimale n’est pas la même. En aucun cas, ça ne vaut la peine de prendre leur option en allant au sud-ouest. » 

26 Novembre – Langueurs atlantiques…

Après une traversée Rio-Le Cap riche en rebondissements et une remontée des côtes namibiennes qui aura offert à ceux qui s’en sont rapprochés des images inoubliables, à ranger dans le « best of » de leurs carnets de bord, une certaine monotonie s’est installée sur « Brest Atlantiques » depuis dimanche. En particulier pour les deux bateaux installés aux deux premières places, le Maxi Edmond de Rothschild (Franck Cammas/Charles Caudrelier) et Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella), dont la progression vers le nord est ralentie par des vents faibles (8-10 nœuds moyens), d’où des vitesses assez inhabituelles pour ces bêtes de course (16.7 nœuds de moyenne sur 24 heures pour le premier, 9.6 pour le second, pointé à 415 milles).

Dans son message du jour, le media man d’Actual Leader, Ronan Gladu, ne cache pas une certaine envie d’en finir au plus vite avec ce train-train atlantique : « Nous sommes en train de contourner l’anticyclone de Sainte-Hélène par le nord, c’est laborieux. Les fichiers météo sont uniformes et donnent 10-12 nœuds de vent dans toute la zone, mais sur le terrain, c’est différent : très instable. Le vent est souvent plus faible que prévu, surtout dans « les molles », du coup, sous certains nuages, on se retrouve dans des trous d’air, où il n’y plus que 2-3 nœuds de vent. Et la pétole, c’est déjà pas « fun » sur un voilier à taille humaine, mais alors sur un Ultim ! Nous avons encore minimum 48 heures à avancer comme ça. »

« C’est monotone, oui, reconnaît de son côté Franck Cammas dans une vidéo tournée par le media man Yann Riou, mais parfois, ça fait du bien d’avoir des journées sans manœuvres, où on peut checker le bateau et bricoler avant d’attaquer l’hémisphère Nord. C’est vrai que l’équateur nous paraît long à franchir, mais en même temps, on vient de loin, de Cape Town, ce n’est pas la porte à côté. » Le Maxi Edmond de Rothschild a toutefois empanné dans la matinée pour faire un bord vers le Brésil afin de se positionner avec le meilleur angle possible par rapport à l’alizé de sud-est et achever, enfin à bonne vitesse, la montée vers l’équateur.

Sauf gros rebondissement, il devrait croiser devant le trimaran MACIF qui, de son côté, va traverser dans les heures qui viennent un front peu actif, derrière lequel il trouvera des vents de sud, puis sud-est, qui lui permettront lui aussi d’infléchir sa trajectoire vers le nord et de se lancer dans une cavalcade au reaching, avec l’espoir, partagé par ses deux skippers, François Gabart et Gwénolé Gahinet, de revenir si ce n’est sur le Maxi Edmond de Rothschild, au moins sur Actual Leader. « Quand on regarde la progression d’Actual, on voit qu’ils vont un peu moins vite par rapport à ce qu’on avait imaginé, c’est plutôt une bonne chose », a ainsi confié le second mardi matin à son media man Jérémie Eloy, le premier ajoutant : « On avance plus vite que les routages, c’est plutôt chouette. » Et ça va rendre les prochains jours palpitants…

27 Novembre – Chacun cherche sa voie

Il est bien difficile de croire que les trois bateaux encore en course ont pour destination finale Brest. Tous pointent en effet leurs étraves vers l’ouest et le Brésil, à 90 degrés de la route directe vers la Bretagne, dont le leader, le Maxi Edmond de Rothschild (Franck Cammas/Charles Caudrelier), est distant de 3200 milles. Pour ce dernier, qui devrait franchir l’équateur la nuit prochaine, il s’agit de se positionner au mieux pour traverser le Pot-au-noir sans prendre le moindre risque (plus on va vers l’ouest, moins il est actif), mais également de se placer entre le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet), situé à 850 milles dans son sud, et l’arrivée à Brest, donc de le marquer.

Un trimaran MACIF qui, c’était prévu, a traversé un front la nuit dernière, comme l’a raconté Gwénolé Gahinet à la mi-journée : « La nuit a été mouvementée avec un passage de front, pas mal de boulot de positionnement météo et un changement de voile. Hier soir, nous étions en approche du front froid avec un vent de nord/nord-ouest forcissant jusqu’à 22-23 nœuds, ce qui nous a permis de rester grand-voile haute et J2 pour le franchir. Le franchissement a été marqué par une rotation très rapide à gauche : 140° en 20 minutes, heureusement avec une force de vent plutôt faible. Le vent s’est assez vite établi au sud, ce qui nous a permis d’atteindre de bonnes vitesses et un bon bord qui nous rapproche enfin de Brest ! »

Enfin pas tout à fait, puisque le trimaran MACIF continuait mercredi de faire une route vers Rio, même s’il ne devrait plus trop tarder à empanner pour attaquer un long bord de reaching tribord amure (vent de travers venant de la droite) vers l’équateur. « L’objectif est maintenant de se décaler dans l’ouest et d’empanner cet après-midi pour éviter le vent faible lié à la fin du front », a confirmé Gwénolé Gahinet. 

De son côté, Actual Leader, positionné en plein milieu de l’Atlantique Sud, à peu près à équidistance des continents africain et sud-américain, continue de progresser vers le nord-ouest, renouant avec des vitesses supérieures à 20 nœuds après deux jours au ralenti. Et si l’écart le séparant du Maxi Edmond de Rothschild s’est resserré dans la journée (322 milles à 16h), l’élastique devrait rapidement se retendre en faveur de ce dernier lorsqu’il aura empanné et accéléré vers le nord, tandis que le duo Yves Le Blévec/Alex Pella devra finir de remonter l’Atlantique Sud en escalier, avec un angle de vent moins propice pour aller vite. Reste à savoir si Actual Leader parviendra à conserver sa deuxième place de la convoitise du trimaran MACIF. 

28 Novembre – Le Maxi Edmond de Rothschild dans le Pot, MACIF plein pot

17 jours et demi après l’avoir quitté, le Maxi Edmond de Rothschild a retrouvé l’hémisphère Nord la nuit dernière à 3h13 (heure française) dans une position de leader qu’il occupe sans discontinuer depuis le 14 novembre au soir, peu après le passage de Rio. Franck Cammas et Charles Caudrelier, pointés mercredi à 16h, à 2795 milles de Brest, ont attaqué dans la foulée la traversée d’un Pot-au-noir, qui, a priori, ne devrait pas trop les freiner, même s’ils ne sont pas à l’abri dans cette zone toujours un peu aléatoire de rester scotchés quelques heures sous un nuage sans vent.

Avec presque 500 milles d’avance sur Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella) et 800 sur le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet), les deux skippers du plan Verdier mis à l’eau à l’été 2017 ont les cartes bien en main, concentrés avec leur routeur Marcel Van Triest d’abord sur ce Pot-au-noir, ensuite sur l’évolution de la situation météo en Atlantique Nord, et plus particulièrement sur l’anticyclone des Açores, dont le positionnement conditionnera la fin de leur périple et leur date d’arrivée sur Brest, prévue en fin de semaine prochaine, si tout va bien. 

Derrière le leader, le trimaran MACIF, après avoir passé environ quatre heures au ralenti la nuit dernière dans une zone de vents très faibles, a repris de la vitesse depuis mercredi matin, avec une moyenne de 28.8 nœuds en quatre heures entre les classements de 12h à 16h, soit le scénario qu’attendaient François Gabart et Gwénolé Gahinet, comme l’a confié le premier dans une vidéo tournée par le media man Jérémie Eloy : « On est à nouveau dans un alizé un peu calé qui va se renfoncer dans les heures qui viennent, avec un bon angle. On est contents d’être dans cette position, c’est maintenant qu’il faut transformer notre option, faire de la vitesse plein nord pour essayer de rattraper notre retard. On a Actual devant nous, à 45 degrés, ils ont normalement encore un bord à tirer pour se positionner par rapport au Pot-au-noir, on devrait pouvoir regagner sur eux assez rapidement dans les heures qui viennent ».

Le Pot-au-noir étant en outre moins épais à l’ouest, les deux skippers du trimaran MACIF pourraient, par rapport à Actual Leader, situé plus à l’est, toucher doublement les fruits de leur option, de quoi regonfler leur moral avant d’attaquer le dernier quart de « Brest Atlantiques ».

29 Novembre – Des bateaux sous surveillance

Après le Maxi Edmond de Rothschild (Franck Cammas/Charles Caudrelier), premier à retrouver l’hémisphère Nord, à 3h13 (heure française) dans la nuit de mercredi et jeudi, le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet) et Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella) ont à leur tour franchi l’équateur vendredi matin, à respectivement 8h30 et 11h02, après exactement 24 jours et 2 minutes de mer pour ce dernier.

Comme on pouvait s’y attendre au vu des vitesses respectives des bateaux depuis jeudi matin, François Gabart et Gwénolé Gahinet sont parvenus à reprendre la deuxième place dans la nuit de jeudi à vendredi, faisant dire au premier, joint lors de la vacation vidéo hebdomadaire, organisée vendredi à la Maison de la Bretagne, au pied de la Tour Montparnasse : « Je pense que c’était la bonne option, parce que quand on est partis dedans, on avait un petit retard sur Actual Leader, et là, on revient juste devant, donc on est plutôt contents d’avoir fait ça, c’était important de tenter dans la situation dans laquelle on était. »

Dans le « camp d’en face », Yves Le Blevec, également joint ce vendredi, a une lecture légèrement différente : « On surveillait du coin de l’œil la progression de MACIF qui avait fait une option radicalement différente, au bout du compte, c’est assez équivalent en termes d’options. » Arbitre plus neutre de cette bataille qu’il a suivie à distance, Franck Cammas estime quant à lui : « Je pense que ça a été une réussite pour lui (MACIF), parce qu’il a gagné une centaine de milles sur Actual, c’est la preuve que c’était une option intéressante, même si elle n’était pas simple. »

Reste que les deux trimarans sont encore très proches l’un de l’autre au moment d’attaquer ce vendredi le Pot-au-noir, dans lequel le Maxi Edmond de Rothschild est passé comme une fleur la veille, et que le duel devrait encore durer jusqu’à Brest. Surtout qu’à ce stade de la course, tous les trimarans ont leur lot de petits bobos.

Jeudi, dans une vacation organisée par son équipe, François Gabart confiait ainsi, à propos de son plan VPLP : « On ne va pas cacher qu’on a eu plusieurs problèmes, comme sur le plan porteur de la dérive avant Rio, ce qui a eu des conséquences assez importantes sur les vitesses du bateau. » Relancé sur le sujet vendredi, le Charentais a ajouté : « On a eu pas mal de soucis qui nous ont notablement ralentis, mais là, au moment où je parle, on est quasiment à 95% du potentiel du bateau, ça fait plaisir, mais c’est sûr que ça a été un gros enjeu pendant la course. »

Du côté d’Actual Leader, Yves Le Blevec, interrogé sur l’état de son trimaran après 24 jours de mer, s’est montré satisfait : « On n’a rien de majeur qui nous handicape, le potentiel du bateau est intact, tel qu’il était au départ de Brest il y a plus de trois semaines », le skipper de La Trinité-sur-Mer et Alex Pella ayant juste dû se lancer dans un atelier mat cramé pour réparer « la bâche aéro à bâbord qui s’était bien barrée » sur le bras de liaison avant d’Actual Leader.

Enfin sur le Maxi Edmond de Rothschild, solide leader avec, vendredi à 16h, 544 et 620 milles d’avance sur ses rivaux, Franck Cammas s’est montré très soucieux de ménager sa monture : « Notre première priorité est de passer dans des endroits « safe » et de ne pas surcharger le bateau. On n’est par exemple pas à 100% à l’attaque dans les changements de voiles, on essaie d’anticiper et de ne pas sur-toiler le bateau, chose qu’on aurait pu faire les deux premières semaines. » L’objectif stratégique de l ‘Aixois et de Charles Caudrelier ? « L’idée est de monter le plus vite possible vers les Açores pour se mettre à l’avant d’un front et attraper un vent de sud pour arriver à Brest. Après, ce sera l’autoroute, mais pas forcément une autoroute simple, du reaching dans 20-25 nœuds. Ce serait le scénario idéal. »

30 Novembre – Le Maxi Edmond de Rothschild sous les 2000

Passés sous les 2000 milles les séparant de Brest, Franck Cammas et Charles Caudrelier, s’ils possèdent désormais une confortable avance sur leurs poursuivants (576 milles sur le trimaran MACIF, 728 sur Actual Leader à 16h), n’en lèvent pas pour autant le pied. La raison ?

Elle est expliquée par Franck Cammas, dans une vidéo tournée par le media man du Maxi Edmond de Rothschild, Yann Riou : « On est sur une route entre le Cap Vert et les Açores, avec un point de passage que l’on vise dans deux jours. L’enjeu est d’atteindre ce point de passage le plus vite possible pour attraper un front avec des vents favorables pour aller à Brest. Si on arrive trop tard, il faudra faire avec ce qu’il y a derrière, ce qui sera beaucoup moins simple pour le bateau et pour l’équipage. On fait donc tout pour avancer le plus vite possible dans des conditions qui sont malheureusement légères, il faut utiliser au mieux ce petit flux de vent. »

Effectivement, dans sa remontée vers les Açores, le Maxi Edmond de Rothschild a été freiné une partie de la journée de samedi dans une zone de vents pas très forts, ce qui l’a empêché d’aller aussi vite que les skippers ne l’espéraient (22.8 nœuds de moyenne entre les classements de 12h et 16h). S’il parvient à atteindre son point de passage aux Açores dans les temps, à savoir lundi, il devrait être en mesure de terminer rapidement « Brest Atlantiques » et d’arriver dans la matinée du mercredi 4 décembre, dans le cas contraire, il lui faudra patienter quelques heures de plus, dans des conditions météo plus compliquées, avant de toucher terre.

Derrière, le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet) et Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella) ont traversé sans encombres le Pot-au-noir qui, dans la nuit de vendredi à samedi, était déjà dans le tableau arrière du premier, comme l’a raconté François Gabart au media man Jérémie Eloy : « Toute la fin de journée d’hier n’a pas été très rapide, il y avait peu de vent et une mer assez chaotique, c’était difficile d’avancer parce qu’on se faisait arrêter par les vagues. Par contre, on n’a pas eu de phénomènes très violents, à part un grain un peu fort avec 22 nœuds, ce Pot-au-noir n’aura en moyenne pas été dangereux et plutôt facile à gérer. Nous en sommes sortis vers 2-3 heures du matin. » Actual Leader quelques heures plus tard, dans la matinée de samedi, avec désormais 150 milles de retard sur le trimaran MACIF.

La suite et fin du programme pour les deux trimarans, attendus, au regard des routages actuels, vendredi et samedi prochains à Brest ? « Il va falloir faire de la vitesse et surtout bien choisir les options, répond François Gabart. Le jeu stratégique est assez ouvert pour nous, pas vraiment par rapport à Gitana qui a l’air d’avoir une situation assez simple et favorable, mais plus avec Actual, ça va être assez complexe, on a pas mal de possibilités sur l’Atlantique Nord. » Et donc du jeu jusqu’au bout.

1er décembre – Le trimaran MACIF et Actual Leader au contact

En tête de « Brest Atlantiques » depuis le 14 novembre, le Maxi Edmond de Rothschild, pointé dimanche à un peu plus de 1500 milles de l’arrivée, devrait en finir d’ici trois jours avec son grand huit atlantique, Franck Cammas et Charles Caudrelier étant attendus à Brest mercredi matin au plus tôt, dans l’après-midi au plus tard. « Ils vont progresser derrière l’anticyclone qui remonte vers l’Europe, ils ne vont jamais avoir trop de vent jusqu’à la fin, maximum 20-22 nœuds, avec un flux de sud qui passera ensuite à l’est, ce sont des conditions idéales pour terminer », analyse Christian Dumard, le consultant météo de la direction de course.

Avec désormais plus de 800 milles d’avance sur leurs poursuivants, soit plus de la moitié de la route qu’il leur reste à parcourir, les deux skippers du trimaran aux cinq flèches devraient pouvoir, une fois l’archipel des Açores atteint lundi, gérer à leur main les 1000 derniers milles en route directe vers la Bretagne, en ménageant au maximum un bateau qui aura couvert l’équivalent de deux tiers d’un tour du monde.

Derrière, la lutte pour la deuxième place promet d’être acharnée jusqu’au bout entre le trimaran MACIF et Actual Leader qui, depuis samedi, font une route au nord-ouest : « Ils vont chercher le système météo suivant, en allant faire le tour très à l’ouest du prochain anticyclone qui se déplace vers l’est, ils vont faire une belle courbe, mais pas forcément remonter très nord », explique Christian Dumard.

Qui voit les deux bateaux au contact en début de semaine : « MACIF va arriver le premier au sud de la bulle anticyclonique, il va fortement ralentir lundi et mardi, du coup, ça va se resserrer entre eux deux, je pense qu’ils seront très proches l’un de l’autre dans deux jours, c’est possible qu’ils se voient à un moment. » La régate devrait donc durer jusqu’à Brest, où les deux « Ultim » sont attendus entre vendredi et samedi prochains, reste à savoir dans quel ordre.

2 Décembre – Brest en ligne de mire

Passé ce matin dans l’archipel des Açores, le Maxi Edmond de Rothschild ne traîne pas en route, en témoignent les hautes vitesses moyennes qui sont les siennes depuis qu’il a traversé les îles : 30.5 nœuds sur 4 heures entre 8h et 12h, 31.5 nœuds entre 12h et 16h, les conditions de glisse sont visiblement idéales pour Franck Cammas et Charles Caudrelier qui bénéficient d’un vent de sud soutenu d’une vingtaine de nœuds leur permettant de faire désormais un cap au portant vers la ligne d’arrivée de « Brest Atlantiques », située entre la pointe du Toulinguet, à Camaret-sur-Mer, et la pointe Saint-Mathieu sur la commune Plougonvelin.

Au vu des vitesses affichées par le Maxi Edmond de Rothschild, et même si ses skippers vont peut-être lever le pied d’ici la pointe de la Bretagne pour ne pas prendre des risques inconsidérés, il se pourrait qu’ils en finissent dans la nuit de mardi à mercredi, plutôt que mercredi matin, après environ 28 jours et demi de mer. Inutile de dire qu’à bord, Franck Cammas et Charles Caudrelier doivent être extrêmement concentrés sur la bonne marche de leur trimaran Ultim et sur le trafic maritime à l’approche des côtes européennes, eux qui vont passer en quelques heures de la douceur des Açores (une vingtaine de degrés) à la froideur hivernale du Golfe de Gascogne.  

Derrière, la chaleur est encore au programme pour les skippers du trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet) et d’Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella) qui, comme prévu, sont fortement ralentis depuis lundi matin par une dorsale anticyclonique. A savoir une grosse bande sans vent qu’ils sont obligés de traverser pour aller à leur tour chercher une dépression qui va leur permettre, une fois le tour de l’anticyclone effectué par l’ouest, de faire route vers Brest.

Une cinquantaine de milles séparent les deux bateaux au classement de 16h lundi, l’écart pourrait être quasiment réduit à néant d’ici mardi, ce qui faisait dire à Gwénolé Gahinet dimanche : « Ça donne pas mal d’enjeu sur cette fin de course, il va falloir être en pleine forme et ne rien lâcher, parce que ça va se jouer à pas grand-chose. » Après plus d’un mois de mer, « Brest Atlantiques » pourrait bien se terminer en match-racing entre les deux Ultim…

3 Décembre – Brest les attend !

C’est une Rade de Brest illuminée d’une magnifique lumière hivernale ce mardi qui se prépare à accueillir mercredi matin ceux qui, sauf rebondissement de dernière minute, seront les grands vainqueurs de « Brest Atlantiques », Franck Cammas et Charles Caudrelier, accompagnés du media man Yann Riou. En tête de la course sans discontinuer depuis le 14 novembre à 20h, peu après le passage de la première marque de parcours à Rio de Janeiro, le Maxi Edmond de Rothschild a réussi à dérouler le scénario parfait depuis ce week-end, parvenant à se positionner à l’avant d’une dépression au niveau des Açores, ce qui lui a permis de s’offrir un bord express vers la Bretagne. Avec 728 milles parcourus entre lundi et mardi midi, à 30.4 nœuds de moyenne, il a en effet signé sa deuxième meilleure journée depuis le départ de Brest le 5 novembre (il avait « avalé » 741 milles le 18 novembre au matin en Atlantique Sud).

Le trimaran conçu par Guillaume Verdier avec le concours du bureau d’études du Gitana Team et construit au chantier Multiplast de Vannes devrait couper la ligne d’arrivée entre la pointe du Tourlinguet et la pointe Saint-Mathieu mercredi au lever du jour, après un peu moins de 29 jours de mer et 17 000 milles parcourus au total (contre 13 750 sur la route directe), à 25 nœuds de moyenne. Une belle récompense pour un Ultim et des marins qui, hormis lors de la traversée du Golfe de Gascogne après le départ, puis suite à leur arrêt technique à Salvador de Bahia le 12 novembre pour une réparation du plan porteur de la dérive, ont toujours fait la course en tête, assumant l’étiquette de favoris que nombre d’observateurs leur accolaient avant le départ de Brest.

Ce succès annoncé sera important pour l’écurie aux cinq flèches d’Ariane et Benjamin de Rothschild, puisque le premier sur une grade course au large du trimaran volant, deux ans après une Transat Jacques Vabre terminée à la deuxième place, mais avec des foils cassés, et un an après l’abandon sur la Route du Rhum, consécutif à la perte de l’avant du flotteur tribord. Elle le sera également pour Franck Cammas et Charles Caudrelier, arrivés aux commandes de l’Ultim en avril dernier et qui auront donc réussi en sept mois à le mener à la victoire (ils ont également remporté le Fastnet en août). Une victoire qu’ils pourront donc fêter avec les Brestois mercredi matin lorsqu’ils amarreront le trimaran au ponton de la Recouvrance, quai Malbert.

Ponton où leurs deux poursuivants, le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet) et Actual leader (Yves Le Blevec/Alex Pella) sont quant à eux attendus entre vendredi soir et samedi après-midi, reste à savoir dans quel ordre, les deux tandems n’étant séparés mardi après-midi que de 25 milles.  

4 Décembre – Le Maxi Edmond de Rothschild vainqueur

Partis le 5 novembre de Brest dans des conditions musclées, Franck Cammas et Charles Caudrelier ont retrouvé ce mercredi matin la cité du Ponant dans un « temps de demoiselle » (mer plate, légère brise d’est, soleil levant), franchissant en vainqueurs à 10h24’46 », après avoir enchaîné les virements de bord dans les dernières heures de course, la ligne d’arrivée de « Brest Atlantiques » au bout exactement de 28 jours 23 heures 24 minutes et 46 secondes de mer.

Arrivés à la barre du Maxi Edmond de Rothschild fin avril dernier, les deux skippers, déjà vainqueurs au mois d’août du Fastnet, course qui leur avait permis de prendre confiance en leurs capacités à mener ce trimaran Ultim volant, s’offrent ainsi une grande victoire de prestige sur une épreuve au long cours, qui, par son format, sa durée et son parcours, avait tout d’un grand saut dans l’inconnu, pour eux et pour leurs camarades de jeu.

A l’arrivée, cette victoire est incontestable : après avoir pris les commandes de la course dès la deuxième nuit de mer en empannant les premiers le long des côtes marocaines, Franck Cammas et Charles Caudrelier les ont gardées jusqu’à leur arrêt technique le 12 novembre à Salvador de Bahia – un arrêt qui aura duré 13 heures et 40 minutes, le temps qu’une petite équipe dépêchée par le Gitana Team procède à la réparation du plan porteur de la dérive abîmé juste avant le Cap Vert. Ils n’auront alors mis que deux jours pour repasser en tête, le 14 novembre à 20h au large de Rio, une première place qu’ils n’ont depuis plus lâchée. Soit environ 25 jours passés aux avant-postes sur presque 29 au total! 

La recette de ce succès ? Un bateau, mis à l’eau le 17 juillet 2017, qui, après plus de deux ans de mise au point (deuxième de la Transat Jacques Vabre en 2017, abandon sur la Route du Rhum en novembre 2018 après la perte de l’avant du flotteur tribord), fait aujourd’hui figure d’étalon pour la flotte des « Ultim », le premier conçu spécifiquement pour voler au large (par l’architecte Guillaume Verdier et le bureau d’études du Gitana Team sous la responsabilité de Pierre Tissier) ; et deux marins, Franck Cammas et Charles Caudrelier (secondés à terre par leur routeur Marcel Van Triest), qui, à respectivement 46 et 45 ans, ont su rapidement trouver les manettes de leur machine, grâce à leur expérience du trimaran au large et à leur talent (le premier a été élu Marin de l’année en 2012 et 2013, le second en 2018).

En plus de leurs victoires sur une coque (Solitaire du Figaro une fois chacun, Volvo Ocean Race ensemble en 2012 sur Groupama 4, en tant que skipper de Dongfeng Race Team en 2018 pour Charles Caudrelier), ils ont en effet beaucoup navigué et gagné sur trois coques avant d’intégrer en avril dernier l’écurie de course au large créée par Ariane et Benjamin de Rothschild en 2000 : Franck Cammas en Orma (il compte trois victoires sur la Transat Jacques Vabre dans les années 2000) puis sur le maxi Groupama 3 (Trophée Jules Verne en équipage puis Route du Rhum en solitaire la même année, en 2010), Charles Caudrelier en MOD70 (succès sur la Transat Jacques Vabre en 2013, déjà sous les couleurs du Gitana Team).

Cette expérience et leur bonne entente à bord leur ont permis de souvent mener au maximum de son potentiel le Maxi Edmond de Rothschild tout au long des 17 000 milles effectivement parcourus (la route directe est de 13 752 milles), avec une moyenne impressionnante de 24.8 nœuds (meilleure journée le 18 novembre avec 741 milles en 24 heures, à 30.9 nœuds de moyenne), ce qui faisait dire à Franck Cammas mardi, au moment d’être survolé par un avion de la Marine Nationale : « Les océans rapetissent avec ce genre de bateau, cette course a été un bon test pour l’éprouver, on a vu ce qui pouvait casser, ce qui était fatigué et les choses à améliorer, c’était vraiment une course intéressante pour préparer les tours du monde ». Des tours du monde qui sont effectivement les futurs horizons du Maxi Edmond de Rothschild et des trimarans de la classe Ultim 32/23…

5 Décembre – Un final à empannages

Au lendemain de l’arrivée à Brest du Maxi Edmond de Rothschild, vainqueur de « Brest Atlantiques », qui a quitté le quai Malbert ce jeudi à 16h pour rejoindre sa base à Lorient afin d’éviter une météo défavorable demain vendredi, le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet) et Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella) continuent de se livrer à une lutte au couteau pour terminer sur la deuxième marche du podium.

Dans un flux d’ouest-sud-ouest d’une bonne vingtaine de nœuds jeudi, mollissant à 15-18 nœuds vendredi, les deux tandems, en liaison avec leur routeur (Jean-Yves Bernot pour le trimaran MACIF, Christian Dumard pour Actual Leader), vont devoir, d’ici l’arrivée à Brest, gérer une succession d’empannages, l’enjeu étant de choisir à chaque fois le bon moment pour enchaîner derrière sur la meilleure trajectoire possible. 

François Gabart et Gwénolé Gahinet ont d’ailleurs frappé les premiers en incurvant légèrement leur route vers le sud jeudi et en déclenchant un premier empannage à 15h. Un choix qui, dans un premier temps, leur a fait perdre du terrain sur leurs concurrents qui, entre les classements de midi et de 16h, ont grappillé 25 milles, 50 milles séparant les deux bateaux à 16h. L’élastique va-t-il se retendre en faveur du trimaran MACIF au moment où Actual Leader devra à son tour empanner ? Réponse dans les  prochaines heures et verdict définitif en ce qui concerne le podium de « Brest Atlantiques » dans la nuit de vendredi à samedi.

6 Décembre – Des arrivées serrées pour Macif et Actual Leader

Un peu moins de 3 jours après l’arrivée du vainqueur, le Maxi Edmond de Rothschild, Brest se prépare à accueillir les deux trimarans qui vont compléter le podium de « Brest Atlantiques », le trimaran MACIF (François Gabart/Gwénolé Gahinet) et Actual Leader (Yves Le Blevec/Alex Pella). Deux bateaux qui, depuis l’arrêt du trimaran MACIF au Cap, se seront livrés à une lutte de tous les instants pour tenter de finir sur la deuxième marche du podium et ne sont plus séparés que de 30 milles (en distance au but) au classement de 16h vendredi. 

A la seconde marque du parcours de Robben Island, au Cap, Actual Leader possédait 3 heures et 21 minutes d’avance sur son rival, ce dernier, grâce à son option à l’ouest en Atlantique Sud, était parvenu à reprendre l’avantage à l’équateur, avec un écart en sa faveur de 2 heures et 32 minutes au moment de rebasculer « la tête à l’endroit ». Sensiblement l’écart qui pourrait séparer au final le trimaran MACIF et Actual Leader sur la ligne d’arrivée située entre la pointe du Toulinguet et la pointe Saint-Mathieu !

7 Décembre – Le trimaran MACIF et Actual Leader complètent le podium

Au terme d’un final qui aura tenu en haleine tous les accros à la cartographie de « Brest Atlantiques », le trimaran MACIF sera donc parvenu à conserver sa deuxième place conquise de haute lutte depuis le passage de la seconde marque de parcours du Cap aux dépens d’Actual Leader. Passés devant Robben Island le jeudi 21 novembre au matin avec 14 heures et 28 minutes de retard sur le leader, le Maxi Edmond de Rothschild, et 3 heures et 11 minutes sur Actual Leader, François Gabart (36 ans) et Gwénolé Gahinet (35 ans), accompagnés du media man Jérémie Eloy (41 ans), sont peu à peu revenus sur le tandem Yves Le Blevec/Alex Pella le long des côtes namibiennes avant d’opter au milieu de l’Atlantique Sud pour une stratégie à l’ouest vers le Brésil plus engagée.

Une stratégie qui, si elle a obligé les deux skippers à traverser un front et à rallonger considérablement la route, s’est finalement avérée payante, puisqu’elle leur a permis de basculer dans l’hémisphère Nord le 29 novembre à 8h30, avec 2 heures et 32 minutes d’avance sur Actual Leader. « L’option était bonne, bravo à notre équipe de routage (composée de Jean-Yves Bernot et Julien Villion) qui nous a vraiment bien conseillés là-dessus. Ce n’était pas évident, parce qu’on a passé trois-quatre jours pendant lesquels on investissait vraiment dans l’ouest, sans s’approcher vraiment de Brest, c’était un peu dur de tenir le cap au début, mais au final, ça a bien payé. C’était une petite fierté que ça passe », a confié Gwénolé Gahinet juste après l’arrivée du trimaran MACIF au ponton du quai Malbert, à Brest, samedi matin.

Restait alors à préserver cette deuxième place de la convoitise de son concurrent, avec un trimaran MACIF qui aura dû interrompre deux fois sa course, à Rio puis au Cap pour des arrêts techniques, et termine malgré ça très amoindri. François Gabart, après avoir gardé le secret pendant un mois, a ainsi fini par détailler les avaries subies par le bateau : dérive atrophiée et privée de plan porteur, safran central hors d’usage une très grande partie de la course (le premier avait été abîmé au Cap Vert, avant d’être remplacé à Rio par un safran prêté par Banque Populaire qui a ensuite à son tour cassé), foil tribord endommagé le long des côtes namibiennes… « C’était hyper frustrant, parce que tu as un bateau capable d’aller super vite à l’entraînement et là, il n’avançait pas. Cette frustration a été difficile à vivre », a confié le Charentais.

Revenu quasiment au contact en début de semaine à l’ouest de l’anticyclone des Açores, Actual Leader est resté une menace constante pour le trimaran MACIF qui, au prix d’un final à suspense et après un enchaînement d’empannages en approche de la Bretagne, a finalement coupé la ligne d’arrivée ce samedi à 7h43’50’’, bouclant le parcours en 31 jours 20 heures 43 minutes et 50 secondes (17 890 milles parcourus, à 23,4 nœuds de moyenne réelle). « Ce n’était pas simple mais on voyait qu’on pouvait naviguer jusqu’à Brest avec un niveau de sécurité satisfaisant et jouer cette deuxième place. On n’a pas de regrets, parce que nous sommes allés la chercher, nous sommes contents et très fiers de cette deuxième place », a conclu François Gabart.

Une place d’honneur de plus pour un bateau qui, depuis sa mise à l’eau le 18 août 2015, a, en plus de décrocher le record du tour du monde en solitaire en décembre 2017, terminé sur le podium de toutes les grandes  courses au large auxquelles il a participé (victoires sur la Transat Jacques Vabre 2015, la Transat Anglaise 2016 et The Bridge 2017, deuxième de la Route du Rhum 2018).

4 heures 45 minutes et 32 secondes après le trimaran MACIF, à 12h29’22’’, Actual Leader a complété le podium de « Brest Atlantiques », Yves Le Blevec et Alex Pella, les seuls à ne pas s’être arrêtés sur la course, ayant mis 32 jours 1 heure 29 minutes et 22 secondes pour parcourir un total de 17 061 milles, à la vitesse moyenne de 22.17 nœuds. Une belle récompense pour les deux skippers dont le mot d’ordre pendant ce gros mois de mer aura été de préserver leur bateau, ce qui leur a permis de rester dans le match du début à la fin.

« C’est un beau podium, on est ravis !, a commenté peu après le passage de la ligne Yves Le Blevec. La lutte pour la deuxième place ? On voyait que MACIF n’allait parfois pas à sa vitesse normale et qu’à d’autres moments, ils ré-accéléraient, mais on ne pouvait de notre côté pas aller beaucoup plus vite que ce qu’on a fait. Nous avons vraiment navigué au rythme du bateau et à notre rythme, élevé, mais on sentait bien si on montait trop haut, c’était un coup à tout perdre. Donc on s’en est toujours tenus à cette ligne de conduite, on a attaqué quand il le fallait mais sans jamais faire de bêtises. On a essayé de se sortir de la tête cette « MACIF battle », on pensait avant tout à nous. »

A l’arrivée, le skipper de La Trinité-sur-Mer dresse un bilan positif d’une « Brest Atlantiques » qu’il aura trouvée très exigeante : « L’équipe et les dirigeants de chez Actual Leader viennent de monter sur le bateau, ils ont tous une super banane, c’est avant tout un travail d’équipe. Avec Alex et Ronan (Gladu, le media man), on a déroulé tout ce qu’on avait travaillé en amont, c’est une belle réussite. Mais cette course était quand même très dure, et avec Alex, nous sommes vraiment rincés, parce que la tension est permanente sur ces bateaux très exigeants et physiques, on a toujours été au taquet. »

www.brestatlantiques.com

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